Font Size Changer

Accueil

Courrier des Lecteurs

Musulmans Chinois

Algérie

Somalie

Pakistan

Sahara Occidental

Omar Mazri : Objectifs et projets PDF Imprimer Envoyer

 


J'inscris  cet espace de documentation et de réflexion sous le titre " Théologie, mystique et praxis de libération des opprimés". Ce titre trouve sa  justification dans trois  articles publiés sur  ce même site :

Islam : théologie, mystique et praxis par Omar Mazri

La vertu, la morale et la résistance par Omar Mazri

La lutte idéologique par Malek Bennabi

http://al-kanz.org/wp-content/uploads/2008/06/Allah_.jpg

Il s'agit d'une action  personnelle, en dehors de tout cadre partisan,  en faveur de mes frères en humanité, chrétiens, juifs ou  athées ainsi qu'à mes frères en foi. Nous pouvons par la foi, par l'idéologie, par l'expérience diverger sur le chemin à prendre dans notre existence et  sur le sens à donner à notre vie mais nous ne pouvons, tant que l'humanité qui nous habite est la même, rester insensible face à l'oppression, au déni de droit, à la pauvreté et à l'ignorance.  Nos cœurs et nos chemins sont différents car la diversité  relève de la sagesse divine qui a voulu que rien ne soit unique mais pluriel:

 {Ne vois-tu pas que Dieu fait tomber du ciel une eau par laquelle Nous faisons sortir du sol des plantes qui donnent des fruits de couleurs différentes? Et dans les montagnes aussi, il y a des stries de diverses couleurs, blanches et rouges aux tons variés, ainsi que des roches d’un noir foncé. Sont également de couleurs différentes les hommes, les animaux et les bestiaux. Et c’est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants Le craignent véritablement.} Fatir 27

{Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux} Al-Hujurat - 13.
 

En décidant la réalisation de cet espace, à 60 ans,  j'exprime d'abord sans détour mon attachement à la Résistance contre l'occupant sioniste en Palestine et mon admiration devant la constance du peuple palestinien qui a montré à Gaza la signification du terme Soumoud (constance) en termes de sang, de larmes, de sueurs et de volonté.

J'exprime aussi mon  devoir de militant discret et anonyme pour la cause nationale puis pour la cause islamique puis pour la cause de la justice et de la libération abstraction faite de mes convictions religieuses que le le pèlerinage à la Mecque a renforcé en focalisant mon esprit sur l'essentiel de ce culte : la lutte, le Jihad. Nous vivons dans un monde d'informations et de savoirs, le Jihad,  summum de la foi, doit donner toute l'importance à la lutte idéologique c'est à dire à la bataille des idées qui fabriquent la défaite des uns et la victoire des autres. Le néo colonialisme et l'impérialisme dispose d'arsenaux de think tanks.

Les  think tanks sont ces « laboratoires d'idées » regroupant des experts praticiens, des professeurs théoriciens émérites , extrêmement spécialisés, documentés et mis en réseaux d'échange d'informations, de confrontations de scénarios et d'hypothèses pour comprendre et anticiper les décisions les plus opportunes  (adéquation temporelle), les plus pertinentes (adéquation spatiale) les plus efficaces ( exigeant moins d'effort et plus de résultats) les plus cohérents (sans perdre la vision d'ensemble et l'unité dans l'examen des diversités) en produisant et en diffusant les idées dans le domaine des sciences sociales, politiques, informatives, militaires, géostratégiques et d'intelligence économique. Disposant d'une forte capacité d'analyse et de réflexion et d'une crédibilité tant dans les milieux qui les sollicitent que parmi leurs pairs ces experts sont la tête pensante des états majors politiques, militaires, économiques et du renseignement pour que les décideurs disposent des meilleurs propositions pour mettre des programmes et des actions leur garantissant la victoire, la maintien de leur domination sur leurs concurrents ou leurs adversaires et dans le pire des cas minimiser leurs pertes et amortir leurs défaites.

 Le Jihad moderne ne peut faire l'impasse sur ces think tanks ni sur son devoir de produire des idées et de les mettre en application pour résister, vaincre sur le plan idéique, culturel, social, politique et militaire. Dans ce Jihad il n'est pas obligé d'agir en clandestin ou en espion mais de promouvoir l'idée, de l'échanger, de la vulgariser ou du moins d'inviter ceux qui sont capables de produire des idées et de les mettre au service de la cause de leurs peuples, de leur religion, de leur conviction.

Ayant plus subi que pratiqué, dans ma carrière professionnelle et ma vie de militant, quelques aspects de la lutte idéologique je vais tenter d'informer et d'indiquer quelques pistes de réflexions pour les plus jeunes, engagés dans une réflexion sur la résistance, la libération, les luttes sociales et la politique dans le monde musulman ou en Occident avec  ma foi de musulman et avec ce vœu  d'un homme dont la réputation intellectuelle a été entachée par la lutte idéologique car il a donné quelques clé pour comprendre les mécanismes des courtisans et quelques facettes de la lutte idéologique au service de sa cause en l'occurrence la réunification de l'Italie et son émancipation du Vatican et des seigneurs de guerre:

" Le devoir d'un honnête homme est d'enseigner aux autres  ce que les iniquités des gens et les malignités du temps ont empêché d'accomplir afin que d'autres placés dans des circonstances plus favorables pourront mieux accomplir" (Machiavel - le prince)

Dans ce cadre,  dans  les limites de mes compétences et de mon temps je vais contribuer à mettre en place deux axes. 

Le premier axe est d'instituer une veille documentaire pour constituer une "réseaugraphie" relative à la promotion des libertés et montrer les chemins possibles de la libération sans sectarisme religieux. Je citerais les travaux et les noms de personnes qui ont une incidence sur la construction de la pensée autonome pour lire le monde et construire un argumentaire de réflexion et de discours dans l'espace de luttes sociales, politiques et culturelles des musulmans et non musulmans. Il s'agit donc principalement d'offrir de la documentation et des informations issues de différentes sources et auteurs.  Les  lecteurs  doivent apprendre à se former librement une opinion. La libération  de l'oppression passe par  la libération des médias aux ordres, de la pensée unique et de la guerre subversive et psychologique qui pousse à la capitulation et au défaitisme. Moise a affronté les magiciens de Pharaon et Mohamed les poètes de la Jahiliya.Il n' y a pas de projet de libération sans autonomie d'information et de documentation d'une part et sans émancipation de l'illusion et du colportage idéologique d'autre part. 

Il n'est pas inutile de souligner des références littéraires ou politiques au siècle des Lumières car la Révolution française est un patrimoine de l'humanité qui nous appartient à nous aussi les musulmans. Elle a apporté un vent de liberté qu'il faut étudier, reconnaitre et en comprendre les mécanismes philosophiques et politiques  qui la sous tendent.  Il faut aussi  comprendre pourquoi et comment elle a donné naissance au  jacobinisme d'État qu'il faut continuer à dénoncer dans le républicanisme et le laïcisme français qui sont un relais dans l'islamophobie alimentée par le sionisme et le cynisme philosophique. Il n'est pas inutile de chercher dans la pensée laïque ce qui n'est pas en contradiction avec l'esprit de l'islam pour construire des dénominateurs communs dans la lutte anti impérialiste dans un monde globalisé où à l'hégémonie états-uniene il faut opposer soit un Islam libertaire et défenseur des opprimés si les musulmans ont la compétence de se libérer de leur atomicité et de leur paresse qui les rendent réfractaires à la production des idées et au respect de ceux qui en produisent, soit  un front alter mondialiste qui s'organise autour de la survie de l'humanité plurielle. Ce front alter mondialiste qui remplace les non alignés, en se plaçant non pas en courtisan ou dans la périphérie des régimes mais comme une alternative souveraine et indépendante des pouvoirs despotiques du Sud, alliés du colonialisme et gendarmes contre leurs peuples dans la mise en place de l'ordre impérial. Cette alternative ne peut trouver le souffle vital et durable si les musulmans n'y participent pas comme partie prenante.

Le double reproche  est inévitable et il faut l'assumer dans un débat c'est à dire en confrontant des idées et des expériences et non en se cachant  derrière des tabous ou des énoncés hors de leur contexte. Mohamed (saws) a dit :

"Nous sommes un peuple monothéiste nous ne prenons pas comme alliés des mécréants ou des polythéistes dans notre combat contre les mécréants et les polythéistes".

J'adhère à la Sunna de Mohamed (saws) et je ne réfute pas ce hadith dont la non application explique bien des défaites et des trahisons. Par contre dans le rôle des musulmans, populations et élites, dans le mouvement alter mondialiste il ne s'agit pas d'un problème d'alliance au sens de Baraa et Wala où le musulman perd son devoir et sa compétence à l'initiative historique en confiant son destin à autrui. Il s'agit de sortir de son isolement idéique pour contribuer voire conduire la résistance des opprimés contre le nouvel empire. Notre vocation est de faire sortir les hommes, tous les hommes, de la dictature à la liberté...

Le mouvement alter mondialiste est un mouvement de gauche très influencé par les idées républicaines, les principes de la Révolution françaises, les idéaux des siècles de Lumières. Ces influences ne nous font pas peur. Les musulmans ont affronté le dogme du monde occidental et extrait de son corpus complexe tout ce qui pouvait servir leur crédo et être utile à l'humanité : Aristote. 

J'ai l'intime conviction que l'Islam authentique ne peut en aucun cas craindre ni  s'opposer à cette idée fabuleuse de Voltaire :

« Le droit de dire et d’imprimer ce que nous pensons est le droit de tout homme libre, dont on ne saurait le priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse. »

La guerre idéologique a eu l'astuce de nous  montrer Voltaire, Marx, Nietzsche et la pensée occidentale dans ce qu'elle produit de sensé et de génial comme œuvre Kofr (mécréante)  à éviter pour demeurer en marge du mouvement des idées à un moment où nous étions incapables de produire des idées inspirées par notre patrimoine et nos valeurs.  Elle a réussi aussi à nous montrer le futile de sa civilisation comme primordiale pour nous, l'accessoire comme prioritaire et elle a encouragé nos pseudo modernistes  à occuper le devant  de la scène et à les présenter comme avant-garde des luttes démocratiques alors qu'elle les a façonné de telle manière qu'ils confondent les produits de la modernité avec les concepts et les mécanismes de la modernité.  L'autre  génie de la lutte idéologique est d' entrainer  modernistes et islamistes dans un faux débat sur l'islam et la modernité, l'islam et la démocratie, l'islam et la science, l'islam et la femme comme si l'islam n'avait que l'alternative soit à  être une déformation de ces facettes soit  à être l'ennemi le plus radical. Le débat, bien entendu, sur la conjugaison des efforts pour définir l'ennemi et trouver la voie la plus efficace et la plus rapide pour s'émanciper du colonialisme, du despotisme et du sous-développement  n'a pas eu lieu et il ne pouvait avoir lieu dans la confusion des priorités, des alliances, des idées...

La lutte idéologique a  réussi à nous confiner dans une autarcie intellectuelle et dans une défensive qui rejettent au lieu d'analyser, qui jettent l'anathème au lieu de débattre, qui voient tout négatif au lieu de discerner le bien du mal, l'utile du futile, la vertu duvice d'une idée qui reste comme toutes les idées imparfaite, discutable et perfectible. Tout le drame comme tout l'enjeu est dans notre position par rapport à l'idée importée. ou produite pr nos élites.  Nous pouvons la rejeter sans examen.  Nous pouvons la prendre comme une idole et s'y impliquer dans une relation de servitude. Nous pouvons la corrompre.  Nous pouvons la prendre comme une fiole de poison mortelle ou paralysant. Nous pouvons la soumettre à l'examen et la parfaire à la lumière de nos valeurs. La lutte idéologique façonne notre vision sur notre pouvoir et notre capacité de prendre ou de rejeter une idée. Dans cette lutte idéologique nos médias qui diffusent l'information maquillée ou la désinformation faussentnos rapports à l'idée et nos rapports à la lutte idéologique.

Je m'oppose à  ceux qui dénigrent l'islam par parti pris idéologique ou par ignorance comme à ceux qui veulent le représenter sans attache populaire et sans caractère progressiste. Pour parler de l'islam sur le plan des libertés, du progrès et  de la résistance il faut avoir accompli le chemin de  sa propre libération par rapport aux stéréotypes, au formalisme et à la bigoterie religieuse ou laïciste. Les négateurs et les modernistes arabes doivent chercher la vérité sans préjugés. Ils verront par exemple que Voltaire n'a jamais été un islamophobe ni un ennemi de la foi. Ils prendront conscience que la liberté d'expression défendue par  Voltaire est en deçà de celle permise par l'Islam. En effet l'Islam, dans ses textes et dans sa praxis sociale à travers l'histoire, a montré que la plus grande liberté n'est pas seulement de dire mais de faire. L'islam est le seul qui autorise une communauté plurielle à coexister pacifiquement en ayant recours à des codes juridiques et à des références religieuses et idéologiques différentes. 

En effet parler de liberté c'est noble sans plus. L'islam ne parle pas de liberté dans une rhétorique philosophique mais parle de non contrainte et du droit pour les minorités   de recourir à des références juridiques, cultuelles et culturelles distinctes. Au sein de la communauté islamique les musulmans ont le droit de se  positionner par rapport à  une doctrine juridique sans que cela ne mette en danger la cohésion sociale et la bonne gouvernance politique. Dans une vie citoyenne musulmane les citoyens ne sont pas étouffés par un mythe égalitariste mais libérés en ayant l'autorisation de s'exprimer et de vivre sur le plan social, culturel et juridique dans des communautés qui ont des références religieuses et idéologiques distinctes de celles de l'islam. L'islam avec ses écoles de Fiqh autorise la coexistence de références doctrinales plurielles en matière juridiques, économiques et politiques. Ce qui n'empêche pas la cohésion sociale de s'inscrire sur d'autres valeurs plus fédératrices : la justice sociale et la fraternité de foi ou la fraternité humaine.

Le second axe est de présenter des études  personnelles construites à partir de fiches de lectures, d'expériences personnelles,  d'analyses de fait historiques  ou de commentaires coraniques pour montrer l'aspect libératoire de l'Islam. L'islam examine  les problèmes d'oppression dans une perspective d'émergence, de décadence ou de disparition des nations et des civilisations :

{Dieu vous donne cette parabole : Une cité vivait dans la paix et la tranquillité, sa subsistance abondante lui parvenait de toute part. Elle s’est montrée ingrate envers les bienfaits de Dieu. Il lui a fait goûter l’habit de la faim et de la peur en conséquence de ses propres œuvres}

{Dieu promet à ceux d'entre vous qui mènent une vie droite, qu'Il fera d'eux des souverains sur terre, comme Il l'a fait pour d'autres avant eux, et qu'Il établira pour eux la religion qu'Il aura choisi pour eux, et substituera pour eux la sécurité et la paix à la peur. Tout ceci parce qu'ils n'adorent que Moi seul, sans autres idoles en dehors de Moi. Ceux qui ne croient pas après ceci sont les véritables égarés }  24 : 5.

L'Islam ne se contente pas de poser les problèmes mais  apporte les choix et les méthodes de leur résolution dans une lecture historique, sociale et symbolique.  Tout le Coran dans sa partie qui fait peur à l'intelligentsia  "progressiste" en l'occurrence la Chariâa  devrait trouver écoute attentive des cercles intellectuels qui milite pour la défense des opprimés. Il faut se libérer de la lecture simpliste de "la main coupée" ou de "la femme  lapidée" pour se pencher sur la double vocation de la Chariâa islamique qui vise l'interdiction d'anéantir la vie donnée par Dieu et la sauvegarde et la promotion de l'existence ontologique,  sociale, matérielle,  intellectuelle et morale de l'homme dans la dignité et l'honneur.  Il ne faut pas croire que la lecture du Coran nous dispense de notre vocation fondamentale : produire de la pensée, prendre de l'initiative et endurer les épreuves :

{Seuls les gens doués d'intelligence réfléchissent bien, ceux qui remplissent leur engagement envers Allah et ne violent pas le pacte,  qui unissent ce qu'Allah a commandé d'unir, redoutent leur Seigneur et craignent une malheureuse reddition de compte, et qui endurent dans la recherche de l'agrément d'Allah, accomplissent la Prière } ar raâd 21
 

Il ne faut pas faire une lecture mécaniste du Coran mais lire la réalité dans une comparaison des contextes sachant que la loi générale est une loi dialectique. La dialectique islamique ne nie pas la dialectique matérialiste ni  la lutte des classes mais elle ne leur  donne ni le primat ni l'exclusivité. Elles sont un phénomène qui exprime un aspect d'un phénomène plus large et plus global : la lutte entre le bien et le mal, la lutte entre la vérité et le mensonge, la lutte entre la liberté et l'oppression, la lutte entre la foi et le reniement de la foi. Cette lutte se résume entre les partisans de Dieu et les partisans du Taghout.

Le Coran, en harmonie avec la nature humaine et sociale de l'être, va montrer les différentes formes d'oppression et les formes de résistance qui vont s'opposer dans une lutte implacable et dont l'issue est inéluctable tant qu'il y a des résistants qui portent le flambeau de la lutte de libération. Les différentes formes d'oppression sont la colonisation ; le despotisme sous toutes ses formes politiques, culturelles, économiques, religieuses et militaires ; l'absence de justice sociale et la discrimination  socio politique, l'idolâtrie...  Le cadre générale pour comprendre le monde, les hommes et leurs problèmes est le Coran

{Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre.} al anâam 38 

Le musulman est tenu de lire le monde et de lire le Coran qui sont tous les deux expression des mêmes signes divins dans l'univers. C'est cette lecture du monde qui va donner à la lutte de libération nationale, à la lutte des classes, à la lutte contre la guerre médiatique et la désinformation un caractère éthique et moral  comme fil conducteur dans les conflits et dans la prise de position. Le musulman ne peut rester neutre devant l'injustice :

{Les vrais croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son Messager, qui par la suite ne doutent point et qui luttent avec leurs biens et leurs personnes dans le chemin d'Allah. Ceux-là sont les véridiques}  al houjourat - 15

Notre modèle de foi et de lutte est bien entendu Mohamed (saws) imam des Prophètes :

{Il y a, à coup sûr, un enseignement dans l’histoire des prophètes pour les hommes doués d’intelligence. Ce Livre n’est point un récit inventé de toutes pièces, mais il est une confirmation des Écritures antérieures, un exposé détaillé de toute chose, une bonne direction et une grâce pour ceux qui croient en leur Seigneur. } Yusuf - 111.

Mes objectifs affichés comme une charte d'expression et de réflexion, je peux donc  prendre l'engagement que dans la veille documentaire ou dans mes propres réflexions je ne serais guidé par aucun parti pris idéologique et religieux. Je reste ouvert à toute pensée, à tout document et à toute participation qui milite pour la défense des opprimés et reconnaît à l'opprimé  son droit à la résistance politique, culturelle et armée. Les arabes quand ils ont dépassé l'obscurantisme ante islamique se sont ouvert à la Grèce, à l'Inde, à la Chine et à la Perse sans complexe et avec un seul désir participer puis conduire, pour le bien de l'humanité, la caravane de la civilisation, de la science, de la quête de vérité.

Mohamed (saws) a tracé notre chemin :

"Vous n'aurez point la foi tant que vous n'auriez pas inspiré aux autres l'amour de la vérité".

Il nous a invité à cherché cette vérité même au bout du monde et que celui qui se met en quête de la vérité est semblable au Moudjahid fi sabil Allah. Cette vérité nous la chercherons inchaallah et nous la partagerons avec nos frères en foi, sunnites ou chiites, avec nos frères en monothéisme, chrétiens ou juifs, et avec nos frères en humanité, agnostiques et  laïcs.

Il nous a invité à cherché cette vérité en démasquant le Taghout sous toutes ses formes. L'idolâtrie moderne  polythéiste a plusieurs  religions  : la monolatrie du  marché capitaliste, la technocratie, le scientisme, l'économisme, la volonté de puissance et de domination, le jacobinisme républicain, la rente et les idéologies matérialistes et cyniques.

Dans ce contexte quelles sont les alliances, à mon avis,  que le musulman peut réaliser dans sa lutte anti-impérialiste?

Dans les pays musulmans l'alliance naturelle est bien entendu avec les mouvements nationalistes issus de la guerre de libération nationale à condition que ces mouvements ne soient pas devenus par le rapport des forces internes en faveur des arrivistes, des opportunistes et des affairistes un appareil de couverture idéologique pour la dictature en place ou pour le nouvel ordre mondial.

 Avec la gauche nationaliste l'islam politique peut constituer une plateforme tactique et stratégique en matière de démocratisation de la vie publique et politique, en matière de justice sociale et de plein emploi,  en matière de luttes sociales contre la dictature et idéologiques contre l'impérialisme et la domination étrangère et enfin en matière de modernisation de la vie institutionnelle  et de restructuration des institutions pour engager les pays musulmans dans une dynamique de changement et de progrès.

Cette plateforme ne peut être fusionnelle ou confusionnelle sur le plan idéologique. Chaque courant conserve son idéologie et ses modes d'actions et d'organisations propres à lui. Pour ne pas entrer en contradiction la plateforme doit s'inscrire sur une participation à long terme et bénéficier d'un observatoire intellectuel et moral de veille et d'arbitrage pour garantir la viabilité, la probité et le fonctionnement démocratique de la plateforme. Les débats d'idées doivent avoir lieu sans mépris ni manipulation des peuples qui ont la maturé pour comprendre et choisir les meilleurs arguments. Débattre avec l'autre c'est l' accepter avec ses différences et apaiser les relations qui ne doivent pas s'inscrire dans la violence et l'exclusion.

Cette plateforme n'a de sens que si elle s'inscrit dans la proximité sociale, dans la reconnaissance des valeurs fondamentales du peuple, dans la rupture avec les appareils bureaucratiques et les réseaux rentiers ou occultes et dans la règle unioniste " travaillons ensemble pour tout ce qui nous unit et laissons de côté nos différences tant que nous n'avons pas garanti un système transparent d'alternance politique, une gestion démocratique des affaires nationales  et un pluralisme politique sans exclusive et sans monopole".

La gauche doit se réconcilier avec l'islam et les valeurs morales de l'islam ou du moins se montrer respectueux des symboles islamiques dans ses rapports avec le courant islamique et dans ses rapports avec les populations musulmanes. L'islam politique doit exprimer sans détour l'acceptation de la différence idéologique et religieuse comme miséricorde et bénédiction divine. Chacun doit pouvoir conserver librement ses références idéologiques et les mettre au service de la cause nationale dans un pacte de coopération pour se libérer du despotisme intérieure et résister contre le colonialisme.

Nous devons construire des perspectives de luttes concertées et/ou collaboratives si nous voulons affronter le nouvel ordre impérial et offrir aux peuples des projets de libération et de progrès. L'expérience du HAMAS en Palestine et celle du Hezbollah au Liban nous interpelle pour leur efficacité, leur sagesse et leur réalisme.

Dans les pays occidentaux où il y a un semblant de démocratie permettant quand même quelques espaces de liberté il faut avoir le courage et la lucidité de se libérer de cette coutume héritée de l'assistanat qui veut que les musulmans donnent leurs voix par un vote utile en faveur de ceux qui leur garantissent le RMI ou qui leur octroient le financement pour avoir des gadgets de confort dans les associations cultuelles ou culturelles. Il faut aller plus loin dans le choix en s'investissant davantage dans le champ social et politique à long terme.

L'alliance ne peut qu'être à gauche avec les partis et les hommes qui ne sont islamophobes, sionistes et collaborateurs de classes comme le parti socialiste français. Les écologistes se présentant comme permissif et libertin sur le plan des mœurs et "sauve-qui-peut- sur le plan politique ne sont pas une alternative crédible dans la lutte anti capitaliste. Ils ne veulent pas remettre en cause le système impérial mais le "socialiser" en lui donnant un visage plus humain et plus écologique sans plus.

Les mouvements alter mondialiste ou « antimondialisation » peuvent se présenter sous un apparat et un discours séduisant. Il faut étudier toutes les possibilités en évitant les mouvements  infiltrés par la CIA et  le troskisme sioniste ou ceux qui brillent par  l'absence de projet politique.   Le Forum Social Mondial peut être un partenaire pour les musulmans qui croient à  la vocation de globalisation de l'islam.  La  limite du Forum Social est sans doute son corporatisme paysan. Cela ne doit pas empêcher les élites musulmanes d'apporter leur contribution et d'agir en son sein ou dans sa périphérie pour qu'il soit  un authentique mouvement internationaliste de lutte contre l'oppression et l'impérialisme.

La lutte ou le Jihad est a envisager non seulement sur le plan économique et social mais sur le plan idéologique et politique. Le concept du Jihad en faveur des Moustadhghafine (les opprimés sur terre) peut trouver un écho s'il est mis en débat sans complexe comme une vérité, la notre, à faire partager par nos frères en humanité. Il s'agit de mettre en commun  le patrimoine islamique sur le plan  théologique, mystique et  praxique" et les expériences des théologies chrétiennes de la libération, ainsi que des mystiques révolutionnaires de l'Amérique du Sud.

J'ai l'intime conviction que cette lutte ne peut s'inscrire dans le seul  cadre local, national ou régional. Je m'inscris dans la vision bennabienne qui  voit que tout problème est dans ses  fondements une question de civilisation avant de se répartir en en problèmes d'envergure nationale ou régionale. La question civilisationnelle se pose dans le cadre de la dimension qu'il faut accorder à l'homme, à sa culture, à ses idées, à sa foi, à sa vertu et à son rapport au  son sol sur lequel il vit et lutte et comment il l'aménage et pour quelles fins il l'aménage.

Toute lutte idéologique comme toute solution à un problème doit clarifier sa finalité. Face au drame de la colonisation et de ses séquelles qui nous poursuivent comme un malédiction il  ne s'agit pas seulement de se débarrasser du soldat, du colon, du comptoir colonial  ou du despote à la solde du colonialisme mais de se débarrasser de quatre tares qui sont la justification de leur présence.

La première tare de la colonisation est celle du colonialisme en tant qu' idéologie raciste, en tant que concept ethnocentriste  et praxis de pacification  par la répression qui détruit tous les mécanismes de résistance et les remplace par les mécanisme de servitude et de soumission. La lutte idéologique est de se consacrer à en comprendre les mécanismes et à montrer les chemins pour se  libérer  de tous ses symboles, de tous les modèles et de tous les agents du colonialisme. Le processus de décolonisation est un leurre si l'idéologie de colonisation est toujours en œuvre dans les esprits, dans la géographie et les mœurs politiques et sociales.

La seconde tare est  celle de la colonisabilité qui est l'autre face du colonialisme. Le colonialisme peut engager des conquêtes de territoires sans jamais coloniser des peuples qui refusent de se laisser déposséder de leurs terres, de leurs idées, de leur personnalité, de leur histoire et de leur liberté. La colonisabilité, terme introduit par Bennabi, est ce comportement culturel et psychologique qui nous rend disponibles à être colonisés car  notre schéma mental ou bien il a perdu toute références à la civilisation et à la dignité ou bien il ne s'est pas totalement libéré de la servitude des hommes et des fétiches ou bien  il ne s'est  pas approprié la stratégie de rupture avec la culture du veau d'or, celle que le dominant laisse dans l'esprit et les coutumes du dominé. La culture du veau d'or est la culture de la facilité et de l'utopisme du libéré qui croit prendre sa liberté comme une rente sans en payer totalement le prix de sa libération ou qui ne fait pas le lien entre prendre l'indépendance et en prendre la responsabilité de la conserver et de la protéger en qualité d'homme libre qui refuse l'aliénation et la servitude. La rupture avec le veau d'or exige d' assumer les ruptures idéologiques et culturelles qui accompagnent la libération pour qu'elle ne soit ni inachevée ni confisquée ni détournée.

La troisième tare est l'autarcie. Nous pouvons et nous devons nous ouvrir aux autres comme l'a fait Mohamed (saws) sans sectarisme, sans complexe et sans compromission. L'Islam, théologie, mystique et  praxis de la libération de l'homme  ne peut autoriser le musulman à vivre en autarcie, replié sur lui-même ni en marge de l'histoire des hommes ni en partisan sectaire qui se donne les titres de vertus lui donnant l'illusion d'être l'élu qui va accéder seul au Paradis et qui peut donc se permettre ici de mépriser autrui.

L'islam ordonne l'ouverture au monde et le dialogue car il ne veut pas être confiné  en un inventaire de  concept théoriques de libération sur un homme abstrait ou sur une humanité qui n'existe que comme vision intellectualisée  faisant abstraction des hommes concrets. Il s'agit de la libération d’individus en chair et os, qui sont dans leur humanité concrète irremplaçables et disposant d'une dignité intrinsèque et de droits inaliénables inhérents à leur qualité de créature privilégiée par Dieu. Pour atténuer la souffrance des hommes le dialogue est le chemin le plus court et le plus efficace et peu importe que face à soi on a l'arrogance de Pharaon ou l'insouciance des ignorants :

{Allez trouver Pharaon dont l’impiété (la tyrannie)  ne connaît plus de limites. Parlez-lui un langage conciliant ! Peut-être sera-t-il amené à réfléchir ou à Me craindre.} taha 43

{Les serviteurs du Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre , ceux qui répondent avec douceur aux ignorants qui les interpellent} Al-Furqan - 63.  

L'islam veut libérer l'homme de l'illusion, de la passion, du repli identitaire, de la paresse, du racisme et de l'oppression pour offrir aux gouvernants l'éthique et la conscience des finalités qui assurent la bonne gouvernance et pour offrir aux gouvernés s'ils sont libres une vie sensée et bonne au sein de la communauté des hommes, mais s'ils ont perdu leur liberté leur offrir le chemin de la servitude à la liberté.

Dans ce cadre l'islam invite l'homme en général et le musulman en particulier à s'inscrire dans une dynamique d'amélioration de ses rapports aux autres et au monde pour édifier une civilisation et garantir sa prospérité et sa pérennité. La dynamique sociale est à prendre sur l'exemple de la dynamique existentielle universelle : tout bouge, tout change selon des lois, une harmonie, une sagesse, des cycles. Le Coran nous donne une parabole qui montre la pluralité des mondes, leur corrélation et leur dynamique :

{Dans la création des Cieux et de la Terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans les vaisseaux qui sillonnent la mer, chargés de tout ce qui peut être utile aux hommes , dans l’eau que Dieu précipite du ciel pour vivifier la terre, après sa mort, et dans laquelle tant d’êtres vivants pullulent , dans le régime des vents et dans les nuages astreints à évoluer entre ciel et terre , dans tout cela n’y a-t-il pas autant de signes éclatants pour ceux qui savent réfléchir? } Al-Baqara - 164.

L'homme est inscrit dans cette dynamique à la fois par la volonté de Dieu et pour l'avantage qu'il en tire dans sa vie sociale, économique, spirituelle et ontologique. Cette dynamique le met dans un mouvement certain. Par son choix il peut faire partie d'un mouvement centripète qui le pousse à vivre comme un isolat à la périphérie de la vie des hommes, un ilotisme en marge de l'histoire, comme un banni de la civilisation, une atomisation sans centre de gravité et une individuation  sans force de gravitation, des égarés dispersés dans l'errance sans fin, sans but et sans repères  :

{Toujours indécis, ne sachant quel parti prendre, ils ne sont ni avec les uns ni avec les autres. Ceux que Dieu égare ne trouveront jamais plus leur voie.} an nissa 143

{Je priverai de Mes signes ceux qui affichent sans raison leur orgueil sur Terre, qui refusent de croire à tout signe qu’ils voient et qui, apercevant la voie de la droiture, s’en écartent obstinément , mais, voyant celle de l’égarement, ils s’y engagent résolument. Il en est ainsi parce qu’ils ont traité Nos signes de mensonges et qu’ils s’y sont montrés indifférents !} Al-A'raf - 146.

{Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance} Al-A'raf - 179.

Par son choix l'homme peut faire partie d'un mouvement centrifuge qui lui fait chercher son centre de gravité, lui fait trouver ses repères et lui donne cette compétence d'être une force d'attraction qui invite et attire vers lui les bonnes dispositions et les bons comportements.

{Il y a cependant, parmi ceux que Nous avons créés, une communauté dont les membres s’attachent à la vérité et jugent avec équité.} Al-A'raf - 7.181.

L'islam veut que la communauté de foi soit un pôle de rayonnement spirituel mais aussi un poids géostratégique qui exerce une influence positive sur le monde et une force de coercition contre le mal et le blâmable  :

{Puissiez-vous former une communauté qui prêche le bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est répréhensible. Ce sont ceux qui agissent ainsi qui seront les bienheureux !} Al-i'Imran - 104.

{Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Dieu.} Al-i'Imran - 110.

Cette communauté de foi, de vertu et d'action ne peut être un électron libre que chacun impulse ou neutralise selon ses intérêts mais une oumma al wassat, la communauté du centre et pas seulement la communauté du juste milieu. La traduction de wassat par juste milieu peut porter à confusion car l'islam ne peut se situer au milieu entre deux extrêmes ou à égale distance entre le bien et le mal, entre la vertu et le vice. La traduction de Wassat par  le centre est mieux indiquée. On dit bien centre ville pour wassat al madina. La communauté du centre signifie bien cette force centrifuge qui doit caractériser la communauté musulmane et en faire un pivot sur lequel s'appuie toute l'humanité pour instaurer la justice et lutter contre l'injustice. Le wassat permet de bien situer la communauté musulmane  sur le terrain qu'elle doit investir et sur lequel se fait la démarcation avec les autres communautés et sur lequel se fait la démarcation intellectuelle, politique et sociale en son sein, ce terrain est celui de la civilisation :

{C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du wassat (centre de rayonnement)  afin que vous soyez témoins parmi les hommes et que le Prophète vous soit témoin.} Al-Baqara - 143.

Musulmans, communauté du Wassat, communauté animée par la wassatiya, nous devons refuser de laisser vacants deux champs socio-culturels. Le premier est celui occupé par la salafiya, cette maladie infantile de l'islam moderne et le second est celui dans lequel se débat l'humanité pluriel sans trouver de solution à ses crises morales, économiques, financières et culturelles.

La salafiya, cette bigoterie des temps moderne, ce pharisianisme  greffé à  l'islam, ne représente pas la démarche des salafs c'est à dire des pieux ancêtres qui ont vécu selon le modèle mohammadien. elle représente une nébuleuse  "amibienne " sectaire et fermée à tout effort intellectuel et à toute participation politique ou sociale dans la cité des hommes. Versés dans le sauve-qui-peut individuel les "salafistes" constituent une force d'inertie qui rend le changement social et politique presque impossible.  Leur force d'inertie conjuguée à l'étendue de leur dimension  sociale et à leur occupation du champ religieux nuisent à l'esprit de la wassatiya de l'islam comme ils nuisent au rôle progressiste, libertaire, libérateur et militant de l'islam. Les régimes despotes et obscurantistes favorisent l'expansion de ce mouvement religieusement littéraliste et formaliste fermé à toute spiritualité et à toute praxis. Aussi bien dans les pays musulmans que dans le monde occidental on assiste à un essor de leur force d'inertie sociale, de régression politique et culturelle et de leur capacité de nuisance par leur facilité à de dénigrer  les savants musulmans qui soutiennent la résistance et qui font œuvre d'ijtihad.  Ils sont un dispositif important de la lutte idéologique contre  le progrès et la résistance et personne n'ignore comment leur inertie est savamment utilisée pour contrer les mouvements islamiques à l'avant-garde du chemin de l'homme musulman dse déplaçant de la  servitude des systèmes à la liberté de l'islam

Tous les laboratoires et tous les régimes ont compris que la force subversive de l'islam contre le colonialisme et le despotisme est justement dans sa compétence à inscrire la libération comme  chemin d'émancipation  fatalisme de la servitude vers l'initiative historique par la résistance et que ce chemin passe nécessairement par la restauration de la vocation civilisationnelle de l'islam. Cette vocation consiste  à  prendre :

une communauté  enterrée hors de l'histoire et l'inscrire au centre de l'histoire;

des hommes préoccupés par le passage des caravanes et par leur digestion végétative et en faire des modèles humains dont la libération du Taghout est le centre de leur préoccupation;

des hommes préoccupés par la survie alimentaire de l'individu ou de la tribu et en faire  des hommes civilisés bâtisseurs de cités prospères régies par la justice et la solidarité sociale, des civilisateurs lettrés, cultivés et ouverts à la science, à la technologie et à l'esthétique.

L'islam n'est pas venu pour couvrir la tête de bonnets mais d'ouvrir les esprits et les remplir de lumière :

{C’est une lumière émanant de Dieu, qui est venue vous éclairer ainsi qu’un Livre explicite,  par lequel Dieu met sur les sentiers du salut ceux qui aspirent à Sa grâce et, par Sa volonté, les arrache des ténèbres vers la lumière et les dirige dans le droit chemin.} al maida 16

La vocation ontologique et "anthropologique" de l'islam  veut que le musulman se libère du confinement et de l'isolement :

de l'individualisme pour devenir agent social,
de la tribu pour devenir humanité plurielle,
de la périphérie politique, culturelle  et intellectuelle pour devenir acteur principal au centre du monde et au cœur des préoccupations de l'homme.

Être au centre du monde pour le musulman est un devoir car il libère l'humanité de l'ethnocentrisme, du racisme, de l'hégémonie impérial et des idolâtries. L'islam ne peut tolérer l'immobilisme de la pseudo "salafiya" opposée aux réformes, au Jihad et à l'ouverture vers le monde. La  pseudo "salafiya" est en contradiction avec la  vocation de l'islam qui consiste à transformer :

une masse immobile en une dynamique agissante,

un repli sur soi en ouverture d'esprit qui prend et qui donne et cela sur tous les fronts de l'activité humaine,

un colonisé en libérateur,

un insouciant en responsable,

une force centripète d'exclusion en force centriguge de fédération et de fraternisation sur la foi ou sur l'humanité.


Le Coran et Mohamed (saws) ont  fixé le cadre d'identité et d'expression du musulman pour afficher sa foi :

{Qui donc tiendrait un meilleur discours que celui qui appelle les hommes à Dieu, fait œuvre pie et proclame tout haut son appartenance à l’islam? } Fussilat - 33.

" Le meilleur d'entre vous dans la Jahiliya (l'obscurantisme ante islamique) est meilleur d'entre vous en Islam s'il fait l'effort de connaitre sa religion"

L'islam n'est ni le refuge ni le réceptacle des ignorants, des oisifs, des défaitistes, des bavards, des arrogants, des paresseux mais l'asile miséricordieux des égarés en quête de sens et accueil responsable et mobilisateur  ouvert à tous les hommes en quête de vérité ainsi que la pédagogie qui éduque et potentialise les qualités morales et les compétences intellectuelles des hommes pour en faire des militants  au service des causes justes. Le partisianisme et le clanisme qui fabriquent de la discorde sociale et des luttes intestines sont blâmables.

La salafiya véritable n'est pas ce spectacle désolant qui peuple nos rues et nos mosquées mais l'esprit "conquérant" du savoir, l'e caractère  noble des libérateurs et la démarche humble et recueillie des compagnons du Prophète (saws). Le Prophète, ses Compagnons et ceux qui l'ont suivi avec sincérité et excellence se sont inscrits dans l'histoire par l'action noble, généreuse et vertueuse. Tout potentiel de richesse, d'intelligence et d'action est invité comme l'a été Coré à faire preuve de modestie, d'humanisme et de coopération pour le bien être de tous car le véritable bonheur n'est ni dans la démission ni dans la confiscation et l'égoisme mais dans le partage et la coopération. L'effet synergique des idées, de l'argent, de la solidarité sociale et de la justice dépasse par sa bénédiction le niveau social et la productivité économique basés sur la voie capitaliste, celle de la course effrénée  au profit, à l'enrichissement éhontée et au monopole :

{Emploie plutôt les richesses que Dieu t’a accordées pour gagner l’ultime demeure, sans pour autant renoncer à ta part de bonheur dans ce monde. Sois bon envers les autres comme Dieu l’a été envers toi ! Ne favorise pas la corruption sur la Terre, car Dieu n’aime pas les corrupteurs.} al qassas 77

Tous les messages originels de l'islam sont des propositions de partenariat pour transcender les frontières et faire régner la paix et la justice. Un partenariat complet qui conduit vers le Thawhid, le monothéisme pur et parfait libéré des vestiges du paganisme et du sectarisme de la monolatrie judaïque ou chrétienne. Sinon un partenariat qui conduit à des relations d'égalité, d'intelligence et d'équité rejetant les logiques de domination. Les versets suivants résument le partenariat que propose l'islam à son environnement et peu importe que la communauté musulmane soit majorité ou minorité dans cet environnement :

{Dis: "O gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: que nous n'adorions que Dieu, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors de Dieu". Puis, s'ils tournent le dos, dites: "Soyez témoins que nous, nous sommes musulmans (soumis à Dieu)"} al imrane 64

Chercher une parole commune, construire un dénominateur commun est un impératif pour vivre ensemble et pour vivre en paix.  Ce dénominateur peut être spirituel en  mettant en commun les valeurs morales de la foi ou bien il peut être socio-politique en mettant en commun la dignité humaine, l'humanisme, les forces productives, les intelligences inventives, les droits de l'homme qui interdisent la soumission de l'homme à l'homme et sa mise en servitude politique, sociale, économique et culturelle.

La mise en commun, la recherche de l'unité, de l'union est une exigence du Thawhid qui est la proclamation par le cœur, par la langue et par l'acte de l'unicité de Dieu. Le Thawhid enseigne que Dieu est Un et que l'Homme est Un en tant que créature créée par Dieu et que la multiplication de cet être unique sur terre  en humanité plurielle est une sagesse divine pour soumettre les hommes à titre individuel et collectif à l'épreuve du bien et de la vertu à travers les rapports sociaux de production ou les rapports des uns aux autres en tant qu' individus, ethnies ou communautés religieuses :

{Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux.} Al-Hujurat - 13.

L'homme dans sa relation à autrui n'est pas libre de la concevoir selon ses passions et son idéologie et se permettre ensuite de coloniser, d'asservir, de porter atteinte à la dignité d'autrui ou de nier son identité, sa singularité  et ses particularismes ethniques, confessionnels, culturels et sociaux. Faire connaissance est une exigence religieuse. S'impliquer dans l'humanité plurielle est un devoir de croyant. Même si nous sommes divergents sur le plan de la foi nous restons solidaires par notre humanité et  partenaires par la   condition humaine de finitude, d'imperfection, d'incomplétude, d'inachevé, de faiblesse et d'impuissance devant la Grandeur divine mais aussi devant les gisements de métiers, de travaux et d'efforts à accomplir ensemble pour vivre honorés et  avec  la possibilité de libérer nos forces créatrices et de les conjuguer pour le bien être de l'humanité.

Nous restons solidaires par l'humanité qui nous habite tous sans distinction. L'islam apporte à ses adeptes une compétence distinctive, celle de la foi monothéiste avec ses valeurs morales et sa mission de Vicariat qui  leur confie une lourde responsabilité qu'il doivent assumer. Il rappelle aux autres leur devoir et leur vocation de dépositaire de la propriété de Dieu de la Terre, des dons qu'Il leur a donné, des bienfaits dont Il les a gratifiés et de la nature qu'il leur a assujetti pour garantir le dépôt qu'Il leur a confié :

{En vérité, Nous avons proposé "al Amana"  aux Cieux, à la Terre et aux montagnes, mais tous refusèrent d’en assumer la responsabilité et en furent effrayés, alors que l’homme, par comble d’ignorance et d’iniquité, s’en est chargé.} Al-Ahzab - 72.

Sans rentrer dans un débat d'exégèse coranique je me range à l'idée globale qui confère au terme al amana, le dépôt, une polysémie qui exprime les multiples facettes de l'homme être spirituel, être ontologique, être social assigné à une mission de Vicaire de Dieu sur terre. Ce dépôt qui est confié à l'homme et que le musulman plus que les autres  doit veiller à son respect est un complexe de valeurs et d'attributs qui font l'homme comme la foi, l'humanité qui habite l'homme, la liberté, l'intelligence, la volonté, la parole, la capacité d'agir, la conscience... Dieu est plus savant

Ce qui  manque aux musulmans, et qu'ils ont perdu du fait de la décadence héritée puis de la colonisation, est justement cette conscience de Khalife,  vicaire de Dieu, et le sens des responsabilités ainsi que les devoirs d'agir qui vont avec. C'est ce vicariat qui donne à la Praxis du musulman un sens différent de  celui du marxisme. La différence est dans la finalité des buts, dans la vertu des moyens et dans le sens du sacrifice.  L'islam a cette vocation universelle de proposer des finalités, des vertus, du sens et une compétence au dialogue et à l'action élargis à l'ensemble de l'humanité plurielle.

{ À chacun de vous Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté , mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez tous retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos disputes.} al maida 48

Le devoir de reconnaissance de l'humanité plurielle a  pour corollaire l'interaction politique, économique et culturelle. Cette reconnaissance de la pluralité de l'humanité par le Coran a en plus de l'aspect utilitaire et bénéfique un autre aspect fondamental dans la configuration des relations humaines que tisse le musulman avec le reste du monde : l'altérité. Celle-ci est non seulement la reconnaissance de l'autre et le respect de ses croyances et de ses valeurs mais aussi le devoir de faire de la pluralité humaine c'est à dire de la pluralité des langages, des ethnies et des  compétences un processus de fécondité intellectuelle et culturelle dans la découverte, la traduction et la communication avec l'autre. Nul n'a le primat sur un autre ni une quelconque prétention de le dominer ou de l'asservir. Le seul privilège dans la relation humaine est celui du mérite et de la vertu :

 {Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux.} Al-Hujurat - 1

L'échange, la communication entre hommes et femmes, entre peuples et entre langues exigent un effort de traduction des sens, sens féminin et sens masculin, signe à telle valeur symbolique chez les uns mais  à telle autre valeur symbolique chez les autres,  le sacré ici est profane et inversement. La traduction à ce niveau ne veut pas dire l'interprétation arbitraire mais la commutation la plus fidèle d'une langue à l'autre , d'un symbole à l'autre, d'une valeur à l'autre, d'un droit chez les uns à un devoir chez les autres sans trahir la pensée, l'idée, la culture, la personnalité, le droit à la différence. La reconnaissance de ce droit à la différence prend ses titres d'excellence et d'humanisme quand elle reconnait l'essentiel qui donne identité distincte à l'autre en l'occurrence ses référents idéologiques et religieux.

La libération nationale n'est pas seulement récupérer  son sol mais surtout récupérer sa langue, ses références historiques et morales  et disposer librement de sa mémoire. pour vivre son présent et construire son avenir. Tout l'enjeu de la lutte idéologique est dans  la récupération ou la liquidation de la mémoire et  de la manière  de la capitaliser oen investissement social ou d'en faire un souk  politique. Le colonialisme vise la négation puis la confiscation de ses références et de cette mémoire puis les détruire et les remplacer par ceux du colonisateur par le processus de colonisation qui est un processus de déstructuration, d'acculturation,  de dépersonnalisation. Dans les métopoles  du Colonisateur le mécanisme de la lutte idéologique et de la colonisation des autochtones et des migrants est le même saut qu'ici il prend les formes d'indifférenciation dans les rapports non pas de colonisateurs à colonisés mais d'oppresseur à opprimé ou de dominateur à dominé  par la dictature de classe, le mimétisme social, l'aliénation culturelle, politique et économique.

 Par la vigilance de l'islam nous restons sur un terrain d'objectivité bienveillante qui accepte l'autre tel qu'il est et non tel que nous voulons qu'il soit  et cette vision de l'autre n'est possible que dans une relation loyale fondée sur le partage du patrimoine commun à l'humanité et d'un échange linguistique qui respecte le signe et sa symbolique originale pour éviter tout paternalisme colonialiste et toute dérive sectaire dans le rapport avec autrui. Le Coran en rendant obligatoire la connaissance de l'autre met l'altérité au dessus des dialectiques militaires, politiques et économiques qui peuvent être conjoncturels, accidentels ou résultant d'une situation entropique mais ne doivent pas devenir structurels, idéologiques.

L'islam refuse d'inscrire l'altérité  dans les traditions  de la charité chrétienne ou de l'humanitaire sioniste qui viennent atténuer la violence coloniale ou la masquer ou en faire une formule  continuatrice dans la diplomatie du chantage et de la guerre psychologique. L'islam inscrit l'altérité en tant que paradigme du couple être/agir ensemble, en commun, en communauté  humaine issue d'une même origine en l'occurrence un souffle divin dans un fragment d'argile.

Ce sens islamique de l'altérité inscrit le rapport du musulman à son frère en humanité dans une communion d'être et d'action entre le Moi et autrui, entre les Nous et les autres avec ce sentiment généreux et bienveillant qui résulte de la conscience du Moi dans l'autre et de l'autre dans le Moi comme composante de la personnalité singulière et de l'humanité plurielle et différenciée dans ses désirs, ses projets et ses idiomes. Identité et altérité sont indissociables, mémoire collective et compétences distinctives sont indissociables.

La traduction fidèle pour se comprendre et se respecter exige de trouver des mots et des termes équivalents pour signifier et donner  sens à des signes différents. L'équivalence dans la différence ne signifie pas similitude ni égalité mathématique mais surtout équité. L'équité est un niveau supérieur de justice :

{O vous qui croyez ! Observez la stricte vérité quand vous témoignez devant Dieu, fût-ce contre vous-mêmes, vos parents ou vos proches. Que ce témoignage concerne un riche ou un pauvre, Dieu porte plus d’intérêt à l’un et à l’autre que vous-mêmes. Ne vous fiez pas à vos impulsions au détriment de l’équité. Mais si vous portez un faux témoignage ou si vous refusez de témoigner, sachez que Dieu est de tous vos actes parfaitement Informé.} an nissa 135.

Parler, témoigner, penser et agir non seulement doivent s'inscrire comme acte de justice et d'équité mais comme acte d'équivalence c'est à dire comme verbe et acte pour soi et pour les autres par l'humanité qui les habite et nous habite malgré la différence source de discorde et de rivalités. L'islam n'a pas vocation de gommer les différences mais de les inscrire dans un cadre morale et d'échange réciproque équitable.

Mon point de vue serait insuffisant si je ne réponds pas à la question qui est posée par le non musulman et par le "laïc progressiste" du monde arabe et musulman : le discours s'appuyant sur le langage coranique peut-il être compris par l'autre qui est prêt à construire des alliances sur les exigences de liberté, de résistance, de libération, de progrès social à condition de ne pas être lié à l'islam car le principe est de ne pas être lié au religieux

L'équité et la réalité veulent que l'échange de paroles ou la contribution en actes ne peuvent se réaliser en dehors de leurs référents culturels et idéologiques. Musulmans je dois accepter l'autre dans sa globalité tant qu'il ne m'agresse pas et ne porte pas atteinte à ma dignité comment tolérer que mes référents soient occultés, niés ou dissimulés. L'autre peut, et c'est son droit, inscrire son verbe et son acte, dans une alliance utilitariste, opportuniste ou désintéresse. Le musulman ne rejette pas cette alliance, à priori, mais il l'inscrit comme il inscrit chaque instant de son existence dans une finalité qui dépasse les contingences du lieu et du temps et des circonstances.

Le musulman par son intention, son verbe et son acte exprime la finalité de son expression : j'agis pour l'islam et par l'islam. L'islam  commande non seulement de parler et d'agir au profit des causes justes  mais d'agir et de parler au profit de la vérité. La vérité suprême du musulman est la parole de Dieu révélée. Formalisée dans le Coran et incarnée dans la vie de Mohamed (saws) cette parole dicte au musulman de transmettre, sans contrainte, la vérité et l'amour qu'il porte au Détenteur de la vérité Absolue en prison comme Youssef victime d'un complot ou en plein cœur d'une bataille comme Mohamed (saws) faisant face à une coalition idolâtre qui veut l'exterminer :

{Dis : «Voici ma voie ! J’appelle les hommes à Dieu, moi et ceux qui me suivent, en toute clairvoyance , et je ne suis pas, par la grâce du Seigneur, du nombre des idolâtres.»}  youssouf 12

{Par la permission de Dieu, et tel un flambeau étincelant, tu appelles les hommes à Dieu [...] N’obéis ni aux infidèles ni aux hypocrites ! Que leurs offenses ne t’affectent point ! Fie-toi à Dieu ! Dieu suffit comme protecteur.} Al-Ahzab - 46.


La loyauté et la fidélité vis à vis des autres n'ont aucun sens si elles ne sont pas respectées par rapport à ses propres valeurs et ses propres références :

{Qui donc tiendrait un meilleur discours que celui qui appelle les hommes à Dieu, fait œuvre pie et proclame tout haut son appartenance à l’islam?} Fussilat - 33.

Nous avons l'obligation de s'ouvrir aux autres, de les traiter avec justice et équité, de transmettre notre message et de faire des propositions mais nous n'avons ni le devoir ni le pouvoir de contraindre autrui à nous écouter,  à partager nos valeurs ou à construire des alliances stratégiques avec nous.

{ mais s’ils s’en détournent, rappelle-toi que ton rôle se limite à transmettre le Message.} al imrane 20

Même si nous voulions nous ne pourrions "expurger" notre langage du lexique, des citations et de la sémantique du Coran et de la Sunna qui donnent sens, contenu et finalité à notre existence :

{Mes serviteurs  qui écoutent Mes paroles et se conforment à ce qu’elles contiennent de meilleur. Ce sont ceux-là que Dieu dirige. Ce sont ceux-là qui sont doués d’intelligence.} Az-Zumar - 18.

Le musulman ne peut se soumettre au désir des négateurs qui veulent, comme le veut la lutte idéologique, un musulman cultuel  sans prise en main de son destin social, culturel, politique et économique. L'islam imposé  par le régime saoudien est le modèle préconisé par la lutte idéologique. Le Jihad légal est celui qui sert les intérêts américains et si jamais il se retourne contre les intérêts américains il devient un terrorisme à combattre quitte à faciliter sa criminalisation et sa dérive diabolique par la lutte idéologique , la guerre psychologique, la guerre subversive et la guerre anti insurrectionnelle.

 La seconde question, aussi légitime que la première, est sur notre tendance à idélaliser l'islam alors que la réalité des musulmans démontre le contraire. La guerre idéologique veut nous faire identifier l'image de la décadence des musulmans à  celle de l'islam. Ce sont deux images antinomiques. L'image des musulmans est celle  des séquelles du colonialisme, de l'arbitraire des dictatures et de la mauvaise gouvernance. En un mot elle est l'image des musulmans non seulement privé de leur liberté, de leur droit, de leur dignité mais surtout privé de leur islamité authentique. L'image de l'islam est absente du monde visible car l'islam est encore caché dans le cœur des musulmans, dans les livres, le Coran et la Sunna et dans une civilisation qui a rayonné plus de mille ans sur le monde avant de sombrer et nous laisser cette image repoussante. L'islam est caché mais il est toujours vivant dans les coeurs, dans les esprits et dans les projets.

C'est au nom de l'islam et par l'islam que les peuples musulmans se sont libérés du colonialisme ou lutent pour leur libération. La grandeur de l'Islam est dans sa compétence à demeurer vivant, lucide et vigilant. Sa vigilance et sa lucidité témoignent que toutes les luttes de libération au nom de l'islam n'ont jamais été comprises par les musulmans comme des guerres de religion. Les Croisades, les plus grandes guerres contre l'islam, sont perçus par les occidentaux comme une guerre de religion alors que les musulmans les perçoivent comme une guerre colonialiste dans laquelle la religion chrétienne a été instrumentalisée pour mobiliser des peuples ignorants et affamés. La lutte idéologique est aussi vielle que les guerres coloniales. L'islam est toujours vivant et il attache une importance vitale à la guerre des idées et à l'impératif de se libérer des fausses croyances et des illusions.  L'islam vivant est toujours en quête d'hommes vivants pour leur donner l'élan spirituel et moral ainsi que le sens qui manque à leur existence et à leurs luttes.

Raja Garaudy a raison quand il écrit dans "l'islam vivant " : 

" Le vrai Dieu n'a rien à craindre du marteau des briseurs d'idoles, ni du doute angoissé de Kierkegaard, ni de la juste critique, par Marx, de "la religion opium des peuples, ni du Zarathoustra de Nietzsche.

"C'est servir le vrai Dieu que de pousser à son terme  la critique de Kant, à travers Kierkegaard, Marx et de nos idoles, et revivre, avec Dostoïevski, l'an zéro de la morale, avec Einstein, la pensée de son unité avec la vie, et, dans la politique, l'histoire en train de se faire..." Nietzsche pour brûler dans leurs flammes les dernières scories 

Le cadre de la lutte anti impérialiste menée sur plusieurs front doit être ouvert à toutes les théologies, toutes les mystiques et toutes les praxis qui font de la libération de l'homme de l'oppression colonialiste et de son émancipation du Taghout leur crédo. J'adhère  sous certaines réserves à cet appel de Garaudy pour un rassemblement des forces du changement dans le monde :

"Les limites historiques du marxisme ne sauraient nous empêcher d'utiliser, dans la perspective de la foi, ni l'analyse marxiste des structures d'exploitation et d'oppression, ni sa méthodologie de l'initiative historique pour dégager, de cette analyse des contradictions d'une société et d'une époque, le projet les moyens capables de les surmonter.

Chrétiens et musulmans, nos problèmes sont analogues : le Prophète est enterré sous des couches accumulées d'interprétations, de commentaires, et de commentaires de commentaires, de traditions, de dogmes et de lois, de comptes en banques et d'appareils d'État.

Cette fossilisation de la foi nous rend étrangers au monde et impuissants à le transformer.

Les mêmes tragédies nous brûlent : celles de la misère et de l'oppression.

C'est un même combat que mènent, en Amérique Latine, les communautés de base, les musulmans de la résistance afghane, et la résistance palestinienne, comme les noirs de l'Afrique du Sud.

Une même théologie de la libération nous unit, faisant de notre foi non plus un opium des peuples mais un levain de l'histoire.

Unis, tous les hommes de foi peuvent faire émerger la seule force irrésistible : celle de Dieu présent dans l'histoire"

Garaudy a raison de ne pas avoir peur et de s'ouvrir aux autres car la vérité que nous détenons est capable d'affronter les autres vérités et d'avoir le dessus. Par contre l'enthousiasme, sincère, de Garaudy doit être pris dans les limites des enjeux qui font qu'il est dificile de trouver une ouverture d'esprit des progressistes envers l'islam par préjugés idéologiques dont ils ne peuvent se libérer. Écoutons Malek Bennabi qui reste un théoricien mais aussi un praticien qui a vécu et pratique aussi bien le colonialisme que les forces progressistes et nationalistes pour en connaître les mécanismes de pensée et les limites d'action. Voici ce qu'il dit au sujet du combat des progressistes dans le combat des colonisés contre le colonialisme  :

 " Nous relevons dans l'expression de leurs positions en Europe le probité des idées, l'intégrité morale, le courage et la grandeur d'âme. Des qualités qui forcent le respect de tout être respectable.

[...]   Nous constatons, à titre d'exemple, comment, son action se limite exclusivement au seul domaine politique. Il se retire et s'en lave les mains dès que ce combat prend l'allure d'une lutte idéologique, comme s'il n'en avait cure, ennuyé par sa nouvelle tournure. Il pense, en d'autres termes, que l'homme colonisé a le droit de se défendre tant que cette défense se limite strictement au champ politique, mais, une fois transposée au domaine des idées, il estime que cet homme a mis son nez dans un champ auquel il n'a pas droit.

[...]  Les dirigeants politiques  nationalistes dans les pays colonisés dans la bataille des idées - pour des raisons déterminées - une attitude neutre ou négative, voire hostile [...] L'écrivain progressiste adopte, pour sa part, une position similaire alors que, engageant le combat contre le colonialisme, il se range aux côtés de ce même colonialisme dès que cette bataille revêt un aspect idéologique.

En analysant cette attitude étrange, l'on arrive à déduire que l'auteur progressiste est contraint, dans une telle bataille, à répondre à des considérations qui lui sont inculquées ou que son comportement découle dans ce domaine de complexes hérités.  Dans les deux cas, son attitude à l'égard de la lutte idéologique  dans les pays colonisés est une attitude au pire hostile, neutre au mieux..."

 Ce constat met en lumière trois éléments que le militant de la cause islamiste ouvert aux autres ne doit pas oublier :

Au delà des clivages ou des collaborations l'islam reste à l'avant garde en terme de liberté de références religieuses ou idéologiques dans sa pratique des autres. Les non musulmans ont des limites culturelles qui font que l'expression de leur discours est toujours en avant sur leur praxis confinée à ces limites culturelles ethnocentristes.

Il y a un clivage fondamental sur lequel il ne faut pas se leurrer. Il est du aux visions du monde et de l'homme qui sont différentes. Nous pouvons trouver des dénominateurs communs mais il serait faux de prétendre conserver une quelconque liberté sur le plan des références et des idées car l'autre, le non musulman, même s'il affiche son athéisme ou son agnosticisme, reste prisonnier de sa vision judéo chrétienne et gréco romaine du monde et de l'homme. Le clivage ne sera pas au niveau de l'action sociale et militante mais de la finalité et des idées qui gouvernent cette action. Le clivage est d'ordre civilisationnel. Le choc des civilisations de Samuel Huntington   ou la fin de l'histoire de Fukuyama sont dénoncés sur le plan du discours et de l'expression politique mais ils restent des référents enfouies dans les consciences modelées par l'héritage culturel et le modèle de civilisation. C'est cette vérité que le Coran affiche sans détour :

{Tu ne seras agréé ni des Juifs ni des chrétiens que lorsque tu auras suivi leur confession. Dis : «Il n’est d’autre voie de la vérité que Celle de Dieu !» Cependant, si par hasard tu accédais à leurs désirs, après la science que tu as reçue, tu te trouverais devant Dieu sans défense ni secours.}Al-Baqara - 120.
 
Enfin cela signifie que s'il y a coopération il appartient aux Musulmans d'être vigilants  et de s'investir plus que les autres car mener un combat politique ou  construire une civilisation n'exige ni les mêmes compétences ni les mêmes efforts ni les mêmes sacrifices. La Basira, cette lucidité que le coran demande aux musulmans, fait partie du combat des idées  et de la définition de la nature du combat, de ses alliés  et de ses étapes.
 
{ Dis : «Voici ma voie ! J’appelle les hommes à Dieu, moi et ceux qui me suivent, en toute clairvoyance , et je ne suis pas, par la grâce du Seigneur, du nombre des idolâtres.»} Yusuf - 108.
 C'est avec la  clairvoyance des enjeux et de la nature de  la guerre des idées que le musulman doit inscrire  sa résistance, son militantisme, son action sociale, son action politique, son esthétique et sa morale. C'est cette clairvoyance qui lui dicte de faire la distinction non seulement de ses amis et de ses ennemis mais  aussi les limites des ses amis et de ses alliés. Malek Benabi nous donne  les jalons pour configuer  notre lutte et notre vision du monde : 
 
" Quelles que soient les voies nouvelles qu'il pourrait emprunter, le monde musulman ne saurait s'isoler à l'intérieur d'un monde qui tend à s'unifier. Il ne s'agit pas pour lui de rompre avec une civilisation occidentale qui représente une grande expérience humaine, mais de mettre au point ses rapports avec elle." 
 
Faire preuve de clairvoyance, de vigilance, de lucidité et de probité tout en mettant au point ses rapports avec ses alliés et ses ennemis est le cadre éthique et esthétique  du déploiement du musulman dans sa construction de la liberté et de l'édification de la civilisation mohammadienne. Éviter de porter préjudice  à autrui, allié ou ami, est une exigence sur laquelle l'islam ne fait pas de concession car  la catastrophe arrive aussi par cette absence de rigueur ou de transparence dans les rapports avec autrui. C'est à ce niveau que s'infiltre l'agent subversif de la guerre psychologique   :
 
{O vous qui avez cru! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair (de crainte) que par inadvertance vous ne portiez atteinte à autrui et que vous ne regrettiez par la suite ce que vous avez fait.} al houjourat 6

La quatrième tare est l'incapacité à discerner nos alliés de nos ennemis car nous restons prisonnier de notre moelle épinière qui gère notre sexe, notre estomac, nos réactions épidermiques et de nos émotions. Otages du percept et de l'affect nous sommes dans l'incompétence totale de donner à la raison la place qu'elle mérite et en particulier celle de produire des idées et de mettre ces idées comme une arme dans la lutte idéologique que nous livre bataille le colonialisme depuis qu'il a conquis le monde des idées et nous on s'est rabaissé à celui des choses. Ce n'est pas l'opposition de l'islam à la raison qui nous rend stériles mais l'hyperesthésie émotive et perceptive qui anesthésie notre raison et nous ampute des attributs essentiels de l'islamité : mission subordonnée à la soumission de Dieu, raison subordonnée à la morale, action subordonnée à l'intention noble et généreuse, moyens subordonnés à la finalité dictée par l'islam.

Le cadre de cette lutte a été défini par Mohamed (saws). Il s'agit de la lutte contre le Taghout. Nous pouvons diverger sur le sens du Taghout avec d'autres cultures et d'autres idéologies mais nous pouvons trouver un dénominateur commun, même s'il est temporel et profane, la pensée unique, la chose unique, le pouvoir unique, le monopole et l'oppression. L'homme et sa libération sont le centre de la réflexion et de l'action militante. Malek Bennabi en a fait une relecture  en son temps. Cette lecture est toujours d'actualité :

" Les sociétés développées accusent un retard dans le domaine de "l'homme". Ce phénomène est le plus grand mal du siècle ! Le Musulman doit être au chevet du monde pour le guérir au double plan social et psychologique. Il présentera l'islam comme remède à la partie du monde qui souffre de la carence spirituelle et présentera une nouvelle et rapide forme de civilisation à la partie qui endure les effets néfastes du sous-développement pour la hisser au niveau des pays développés sans l'impliquer dans leurs problèmes psychologiques...

Notre mission doit reposer sur deux bases et s'orienter vers deux objectifs : hisser l'homme musulman socialement au niveau  de la civilisation ; hisser éthiquement l'homme occidental au niveau de l'humanisme pour le soustraire au handicap psychique de l'époque colonialiste...

 Nous vivons les conditions précaires de la vie, eux vivent le désaroi et attendent le soulagement psychologique, ils attendent la foi du musulman ; la voie du Ciel leur fait défaut...

 En comparant les deux types de problèmes, nous constatons que nos problèmes relèvent des circonstances. Ils sont conjoncturels. Ils ne sont pas de nature intrinsèque comme ceux des pays industrialisés.  Le monde musulman souffre d'un retard au niveau matériel. L'occident, lui, accuse un retard spirituel..."

 

 Musulmans notre préoccupation majeure est  la lutte pour la libération du troisième lieu saint de l'Islam, Jérusalem et al Qods. Cette lutte cristallise toutes les luttes idéologiques, politiques, humanitaires, religieuses et culturelles et s'ouvrent par conséquent à toutes les actions militantes de l'humanité éprises de justice et d'équité. Cette lutte aboutira inéluctablement sur une victoire de l'islam car sa lutte se place sur le terrain théologique, idéologique, politique, mystique et se réalise comme une praxis sociale de résistance contre l'occupation sioniste, contre l'impérialisme et contre le despotisme. Cette lutte qui focalise notre attention et notre devenir ne doit pas nous faire oublier les autres luttes et les autres chemins qui mènent à cette lutte centrale. Malek Bennabi écrit : " Dans la grande bataille qui aboutira sur une victoire soit de l'Islam soit de ses ennemis, l'évaluation de nos chances de l'emporter doit être subordonnée et en relation avec la bataille que nous devons livrer sur le front interne contre le sous-développement. C'est la seule condition à même de permettre au monde musulman de s'enrôler dans la scène mondiale, débarrassé de tout complexe psychologique".

Il ne s'agit pas du sous développement économique mais du sous-développement au sens civilisationnel dans ses dimensions culturelles, idéologiques, politiques, sociales, scientifiques, morales et militaires. Une approche économiste ou politicienne ne peuvent nous conduire à la libération. L'approche doit être globale et partir de l'homme, pour l'homme et par l'homme. Les techniques et les méthodes viennent d'elles mêmes dès que l'homme se prend en charge.

Toutes les luttes que nous devons mener individuellement, en fratrie de foi  ou en communautés unis par la  fraternité humaine s'inscrivent pour le musulman dans une lutte globale : la lutte contre le Taghout

{Quiconque désavoue le Tâghoût tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser.} al baqara  256 

 Le Taghout le plus dangereux pour l'homme est, après l'idolâtrie, le colonialisme ou l'impérialisme. Le colonialisme est une doctrine ou une idéologie ou une représentation de l'homme  justifiant la lutte de domination sur l'homme qui mis en servitude voit sa liberté aliéné et ses  ses ressources confisquées. Cette confiscation en se donnant un justificatif politique, juridique et militaire est la  colonisation c'est à dire la traduction sur le plan économique, commercial, social, culturel et militaire de l'idéologie de domination puis de négation de l'autre. La colonisation, dans sa forme brutale et stupide,  prend  la forme d'annexion de territoires ou de colonies de peuplement. Dans sa forme subtile elle prend la forme de comptoir commercial,  de vassalisation intellectuelle, culturelle et politique du dominé envers le dominant. Dans un cas comme dans un autre, dans sa forme antique, pré capitaliste, capitaliste ou post moderne elle reste une idéologie raciste et une pratique d'exploitation de l'homme par l'homme bafouant la dignité de l'homme.

Pour légitimer sa colonisation et le colonialisme qui lui donne naissance le colonisateur adopte envers les colonisateurs, les colons, les colonisables et les colonisés le même discours à la fois moralisateur et négateur comme celui de Jules Ferry : " devoir de civilisation". C'est la même démarche et la même dérive démiurge pour l'impérialisme. Toute la lutte contre la colonisation et l'impérialisme est une lutte idéologique. Face à cette justification civilisatrice et moralisatrice de la colonisation le projet de libération va être essentiellement un projet de civilisation. Il faut opposer à la dialectique "civilisé" conquérant et colonisateur face au colonisé ou au colonisable un renversement dialectique le civilisateur qui se libère det libère le colonisateur de sa propre aliénation qui lui a fait perdre son humanité. Il ne s'agit pas d'une stratégie de non violence pour sa propre caste mais d'un projet dont les moyens de luttes sont ceux imposés par la situation objective pour libérer l'homme du Taghout et lui redonner la vocation d'Honorificat que Dieu a choisi pour lui et pour laquelle il doit lutter :

{ C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre, puis Il a orienté Sa volonté vers le ciel et en fit sept cieux. Et Il est Omniscient.[...] Et Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses) [...]  Et lorsque Nous demandâmes aux Anges de se prosterner devant Adam, ils se prosternèrent ...] al baqara 30

{Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges: ‹Je vais établir sur la terre un vicaire ‹Khalifa›.} al baqara 30

{Certes, Nous avons honoré les fils d'Adam. Nous les avons transportés sur terre et sur mer, Nous leur avons attribué de bonnes choses comme nourriture, et Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures.} al isra 70 

{Allah, c'est Lui qui vous a assujetti la mer, afin que les vaisseaux y voguent, par Son ordre, et que vous alliez en quête de Sa grâce afin que vous soyez reconnaissants.  Et Il vous a assujetti tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, le tout venant de Lui. Il y a là des signes pour des gens qui réfléchissent} al jatiya 12

C'est cette réalité sur l'homme et sa place dans la création qui mobilisa les bédouins d'Arabie pour en faire des civilisateurs qui ont marqué durablement l'histoire de l'humanité durant plus de mille ans et qui nous laissent la flamme a ravivé pour que l'islam brille de nouveau pour que soient réalisées la paix dans le monde et la prospérité de l'humanité.

 

Malek Bennabi a montré le chemin qui n'a pas été suivi  par les Algériens et les  musulmans et qui reste à suivre : lutter pour le changement conformément à la Sunna de Dieu :

{Dieu ne change point la situation d'un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui} ar raâd 11

 Changer ontologiquement, psychologiquement, socialement et intellectuellement pour percer le mystère du drame humain qui se laisse coloniser ou qui accepte de coloniser les autres dans un drame plus grand celui de l'émergence et de la disparition des civilisations humaines. Ce changement s'inscrit dans une lutte de reconquête de sa dignité, de sa liberté, de sa vertu sinon la lutte devient improvisation, démagogie, activisme, aventurisme ou démagogie. La lutte ne devient significative que si elle s'inscrit dans une rupture "épistémologique" pour avoir la lucidité, sans sentimentalisme, d'examiner, de comprendre et de transformer, mutadis-mutandis, notre rapport avec l'homme, l'idée, le système et la chose qui nous colonisent, qui nous aliènent, qui nous dépersonnalisent. 

Malek Bennabi appelle à la vigilance et à l'intelligence car la lutte de libération ne peut s'initier que par une prise de conscience du rapport de soumission ou de servitude envers le colonisateur et une compréhension sociologique, psychologique et morale de la répulsion du colonisé envers le colonisateur et qui s'exprime par la révolte et la haine. Sans prise de conscience de ces sentiments, de leur genèse, de leurs conditions psychologiques, sociales et politiques et du mode de leur  transformation  en volonté de changement planifié et lucide le colonialisme a toute l'expérience et l'intelligence pour retourner, récupérer et épuiser des révoltes, des haines et des soumissions qui ne se libère pas du sentiment, de l'opinion et de l'action improvisée.

La prise de conscience de la libération est une lutte idéologique car il ne s'agit pas seulement d'opposer aux colonisateurs  un autre discours idéologiques ou revendicatifs mais de se placer au niveau de la bataille idéique en comprenant le pourquoi et les comment de la colonisation et lui opposer une prise de conscience c'est à dire des idées qui définissent, ordonnent, organisent, mobilisent les finalités, les buts et les moyens pour relever contre le colonialisme un défi plus intelligent que le sien. Contre son idée pacificatrice et civilisatrice il faut lui opposer notre projet de civilisation conçu par nous , inspiré de nos référents religieux, la Sunna et le Coran, et mis en exécution par nous à la lumière des exigences du moment et du lieu et à la lumière des expériences de ceux qui nous devancé dans la foi et le Jihad. 

Malek Bennabi précise que si nous organisons notre lutte au niveau idéologique c'est à dire  en la focalisant sur le pourquoi et le comment de la thèse colonialiste et de son antithèse anticolonialiste alors les moyens émergent de la lutte elle même. Aujourd'hui, plus que hier, où nous proposons une alternative de civilisation islamique ou bien nous sombrons avec le projet colonialiste et impérialiste. Mohamed (saws) n'a pas composé avec le système de la Jahiliya mais il a proposé une alternative crédible sans concessions et sans crainte. La lutte était idéologique avant d'être social, politique et militaire. Le contenu et la méthode de cette lutte du côté musulman était la lumière du Coran contre les ténèbres de la Jahiliya, le monothéisme contre l'idolâtrie. Cette lutte a placé l'homme nouveau, le musulman , qui a accepté le changement au devant de ses responsabilités qu'il a assumé car il en connaissait le prix, le projet, les avantages et les risques.

Pour mener à bien et à terme sa lutte idéologique le musulman, gouvernant et gouverné, doit inscrire sa lutte dans l'histoire de l'humanité en éveil, en mouvement et avec une  conscience ouverte aux idées faisant la distinction entre les idées futiles, mortes, mortifères et les idées vives, vivantes et vivifiantes. Dans cette voie un problème s'imposera à nous selon un double aspect comme l'a souligné Malek Benabi :

"D'abord, il faut penser à donner à nos idées un maximum d'efficacité ensuite, il est nécessaire de connaître les moyens déployés par le colonialisme pour atténuer au maximum l'efficacité de ces idées.

On se heurte en fait à deux problèmes. Il s'agit d'une part d'envisager comment produire  des idées efficaces au sein de nos sociétés et de voir ensuite comment comprendre la méthode du colonialisme  dans la  lutte idéologique pour qu'il n'ait pas d'emprise sur nos idées, d'autre part.

Malek Bennabi s'inscrit dans l'enseignement mohammadien qui considère qu'il n' y a aucun bien a attendre d'une communauté qui ne produit ni sa subsistance ni son habillement ni ses moyens de luttes ni son argent ni son élite ni ses idées se contentant de vivre en suivant ses troupeaux de vaches ou de moutons. L'homme Nouveau de Médine, libéré du paganisme, s'est inscrit dans l'histoire de l'humanité en conjuguant ses efforts et en les diversifiant avec la même énergie et la même motivation. Ainsi à Médine l'enseignement du Thawhid s'est accompagné de la construction de mosquées, d'écoles, de marchés, de jardins, d'artisanat, de fabrication d'armes et de travaux d'assainissement de la ville insalubre.

Les élites, jeunes, comme Ibn Massoud, ont été encouragés par Mohamed  pour acquérir le savoir et produire la pensée dont l'islam naissant aurait besoin pour inscrire les idées qui allaient constituer  le fiqh normalisant son économie, son droit, sa société, son commerce, son Jihad dans la civilisation en emergence...

 Le respect de la vocation civilisatrice de l'islam comme ferment de libération et comme praxis de libération est la condition de rupture avec l'ordre impérial. Dans cette perspective historique le musulman inspiré de la foi, des valeurs et de la vertu de l'islam devra se montrer un modèle de justice, d'humanisme et un militant de la lutte idéologique sur le plan de l'esthétique, de l'éthique et de l'efficacité des idées, des comportements, des discours, des actions.

La lutte menée par le Musulman n'est pas la lutte sectaire pour un clan, une nation ou une religion mais une lutte qui concerne l'humanité conformément à la mission impartie à notre Prophète et à nous ses héritiers. Cette lutte ne se limite pas à pratiquer ses obligations religieuses cultuelles mais à pratiquer toutes ses obligations de vicaires de Dieu sur terre. Pour l'islam exécuter ses obligations c'est un devoir qui a deux avantages, le premier il est récompensé par Dieu lui-même et le second il voit ses effets bénéfiques pour sa communauté de foi et sa communauté de fratrie humaine. Par contre s'il n'exécute pas son devoir il est coupable et il mérite une punition qui relève de Dieu et en même temps sa carence, sa négligence et sa faillite se traduit en des droits pour autrui qui sont abandonnés et dont ils vont demander compte dans ce monde et dans l'autre. Accomplir ses devoirs c'est en réalité faire preuve de miséricorde envers soi et envers les autres dans ce monde et dans l'autre. Quel est le sens de notre islamité si nous oublions Mohamed et sa mission  :

{Nous t'avons envoyé comme miséricorde pour les univers}

 

Omar Mazri

 Janvier 2009

 {jcomments on}