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Omar Mazri - Islam : Théologie, Mystique et Praxis PDF Imprimer Envoyer

 Pour le musulman dire "Je crois en Dieu" signifie " je suis totalement soumis à Dieu (mouslim)". Cette attestation de foi  est la soumission du cœur, de la parole, du comportement et  des actes du croyant à Dieu.

{C'est Moi Allah: point de divinité que Moi.  Adore - Moi donc et accomplis la Prière pour te souvenir de Moi.}  Taha 14

Elle est en même temps libération du Taghout.

 Le Taghout est tout ce qui est adoré à côté de Dieu ou en remplacement de  Dieu. Se soumettre au Taghout est négation de la foi et du monothéisme

{La guidée et la déviance  se sont clairement dissociés.Et celui qui ne croit pas au  Taghout et croit à Allah, il s'est certes accroché a l'anse ferme inébranlable.}  Al Baqara -  256

Sur le plan cultuel,  la foi en Dieu  impose la Salât (oraison), la Zakat (le devoir du possédant envers le faible), le Sawm (le jeune) et le Hadj (le pélérinage) comme socle sur lequel construire un édifice civilisationnel.

Les actes cultuels en islam ne sont pas   seulement méditation ou contemplation dans une mosquée mais soumission à Dieu dans le sens où l'acte cultuel est une mise en potentiel de la charge spirituelle pour la transformer en énergie créatrice au service du bien. Toute énergie positive est ensuite transformée en potentiel spirituel pour donner du sens à l'action au delà de l'immédiateté et de la limite de l'étendue de l'espace.

Je suis Abd ne signifie pas je suis esclave ou serviteur de Dieu comme on le trouve dans la terminologie courante en langue française. Je suis Abd signifie dans une première lecture je suis  en adoration exclusive de Dieu. La soumission est celle de l'adorateurpour son adoré. La seconde lecture est celle que la langue arabe donne dans une lecture symbolique de l'adoration, de la soumission ou de la servitude de l'homme envers Dieu. Abd viendrait de Abada. Abada est le terme utilisé pour désigner les travaux de terrassement d'une route ou d'une plateforme destinée à supporter un édifice lourd et elevé. C'est aussi le terme désigné pour signifier les travaux d'aplanissement des monticules. La dévotion Ibada est réellement la soumission qui transforme l'ego à la fois comme chemin pour véhiculer le message de l'islam, le logos divin. Ibn al Jawzi a été bien inspiré en disant que l'islam " est le chemin que l'on parcourt avec le coeur et non avec les pieds". Elle transforme aussi l'ego en socle qui va s'affacer en s'affaissant devant la grandeur de Dieu pour devenir un socle destiné à porter un projet de civilisation et qui fait de lui un civilisateur. Le musulman est l'élan du coeur, l'aspiration de l'âme à s'élever en se prosternant, en devenant humble et soumis. Elle transforme l'égo en véhicule qui sillone les chemins de la foi et de la vertu pour aller à l'essentiel, au sens,au vrai, au beau et au juste. Véhicule il doit contourner les obstacles et dans certaines circonstances les affronter pour avancer et briser les résistances des oppresseurs, des ennemios, des insouciants, des défaitistes et des négateurs. 

{Qui est meilleur en religion que celui qui soumet à Allah son être, tout en se conformant à la Loi révélée et suivant la religion d'Abraham, homme de droiture? Et Allah avait pris Abraham pour ami privilégié.} an nissa 125

La colonne vertébrale de l'Islam est la Salat, l'autorourte de la dévotion est la prière, son dynamisme est l'invocation. La Salat  comme prosternation est la traduction spirituelle et comportementale de la signification de Abd. Elle est par essence acquittement de l'oraison comme un droit de Dieu sur l'homme et un devoir de l'homme  envers Dieu :

{Certes, la Salat est pour les croyants un décret à respecter dans les temps prescrits}

La prière ne peut se résumer à des formules que l’on récite. Elle ne se confine pas au seul  aspect spirituel et métaphysique, pourtant primordial sur le plan religieux, mais elle ordonne de  s'ouvrir à la vie sociale, à  l'éthique  sociale et à la morale individuelle :

{ Certes la prière interdit la turpitude et le blâmable mais le rappel de Dieu est plus grand}

{Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salâ, acquittent la Zakâ et obéissent à Allah et à Son messager. Voilà ceux auxquels Allah fera miséricorde, car Allah est Puissant et Sage. } thawba 71

La prière n'est pas soumission à l'ordre établi inique, résignation devant le fait accompli  ou fatalité devant un destin arbitraire mais une incitation à la résistance et à la lutte :

{Et cherchez secours dans l'endurance et la Salât} al baqara 45

{Je prends le temps à témoin :  l’homme court à sa perte, hormis ceux qui croient, pratiquent les bonnes œuvres, se recommandent mutuellement la droiture et se recommandent mutuellement l’endurance !} al âasr

Cet édifice spirituel qui lie l'homme à Dieu tout en liant l'homme à ses devoirs envers la cité des hommes  a plus de soixante dix branches d'expression de la foi selon le hadith du Prophète (saws) de la foi.

L'expression la  plus simple  consiste à enlever toute nuisance sur le passage des gens et la plus haute consiste dans le Jihad pour la cause de Dieu. La pudeur est une branche de la foi musulmane, elle constitue la moitié de la foi. La fraternité est aussi la foi. Dans la paresse et la décadence qui caractérise le monde musulman il n'y a que quelques branches de la foi qui sont mises en relief et ce d'une manière superficielle et imparfaite. Toute la problématique de la renaissance musulmane est dans la réappropriation de cet islam vivant qui s'exprime dans tous les registres de l'existence pour libérer l'homme et faire de lui l' avant-garde du progrès moral et social :

{Puissiez-vous former une communauté qui prêche le bien, ordonne ce qui est convenable et interdise ce qui est répréhensible. Ce sont ceux qui agissent ainsi qui seront les bienheureux !} Al-i'Imran - 104.

La préférence n'est ni raciale comme la prétention à être un peuple élu par Dieu au delà du droit. Elle s'inscrit dans l'engagement à faire le bien pour l'humanité. Elle ne peut se contenter de la foi dans le coeur ou dans le temple mais elle doit être agissante dans la cité des hommes contre l'oppression :

{Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Dieu. Si les gens des Écritures voulaient croire, cela ne tournerait qu’à leur avantage. Mais il y a parmi eux si peu de croyants, alors que la plupart d’entre eux sont des pervers.}
Al-i'Imran - 110. 

La meilleure communauté a obligation de porter assistance aux faibles et aux opprimés quelque soit leur religion, leur langue et leur ethnie :

{Dieu prendra toujours la défense de ceux qui ont la foi, car Dieu n’aime pas les traîtres ingrats.

Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir.

Tel est le cas de ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers uniquement pour avoir dit : «Notre Seigneur est Dieu !» Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le Nom de Dieu est souvent invoqué. Dieu assistera assurément ceux qui aident au triomphe de Sa Cause, car la force et la puissance de Dieu n’ont point de limite. Dieu prêtera assistance à ceux qui, une fois leur position consolidée, accompliront la salât, s’acquitteront de la zakât, ordonneront le Bien et dénonceront le Mal. En définitive, c’est à Dieu qu’appartient l’issue de toute chose.} al Hadj 38 à 41

Le Jihad pour la cause de Dieu c'est l'élévation morale et spirituelle et la libération de tout ce qui aliène la liberté de l'homme,  la défense de la foi, la sauvegarde des droits moraux et matériels des hommes, l'assistance aux opprimés quelque soit leur langue ou leur religion.

L'Islam dans sa vocation de Jihad est théologie de libération des opprimés. Ceci n'est pas un point de vue théorique mais une conviction de foi, une certitude.

Le comportement des musulmans ne doit pas nous faire oublier l'écart du comportement de ces musulmans et la déclaration de foi de l'Islam. C'est cet écart qui explique la décadence, la colonisabilité et le sous-développement du monde musulman. Les musulmans ont transformé leur foi en routine sociale sans dimension spirituelle et sans vocation à agir pour se transformer et transformer son être ontologique et son environnement social et politique. Si la dimension spirituelle est présente elle ne s'investit pas dans le champ social, politique et culturel. Elle ne s'inscrit pas dans un acte civilisateur.

La soumission à  Dieu doit libérer l'homme de la soumission au Taghout.

{Quiconque désavoue le Tâghoût tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est entend et sait parfaitement toute chose.} al baqara  256

D'après la langue arabe, le mot « Taghout», prend sa racine du mot toghiane, ce qui signifie transgresser, dépasser les limites. Le lexique  islamique consacre la signification du  « Taghout» à  tout être ou objet qui dépasse les limites de son statut naturel, puis se fait attribuer  directement ou indirectement un droit exclusivement réservé à Dieu.  Le mot Taghout dérive aussi du verbe "tagha" qui signifie se comporter en despote, en tyran, en pouvoir absolu. Tout est relatif et  réversible  seul Dieu est immuable, absolu. Tout tyran  se place à l'égal de Dieu dans ses attributs de pouvoir absolu. Il est à combattre sinon à nier pour que la foi reste pure.

{Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, (pour leur dire) : " Adorez Allah et écartez-vous du Tâghoût" } an nahl 36

Le Taghout est donc toute idole adorée à la place de Dieu. Le Taghout prend des formes diverses : pouvoir, culte de la personnalité,  nationalisme sectaire, positivisme athée, violence du sexe et de la drogue, pouvoir despotique des médias, dictature de classe, fétichisme de l'argent, idéologie négatrice de l'homme et de la foi, matérialisme...

L'Islam théologie de libération est initiation puis  obligation à agir pour réaliser la libération de l'homme aliéné du Taghout aliénant. La libération du Taghout incarné dans un fétiche, un totem, une idée, une personne ou un pouvoir, celui de l'autorité, de l'argent, de la drogue, du spectacle, du colonisateur ou du sexe, est un des chemins les plus importants de l'Islam. Ce chemin construit un processus  de  libération de l'homme qui doit  conduire l'homme  à la liberté. La liberté de dire et de faire en harmonie avec sa nature humaine et dans le respect de la liberté des autres même s'ils ne partagent pas les mêmes convictions et à condition qu'ils n'exercent pas une tyrannie ou une voie de fait contre nos personnes, nos biens, nos idées, nos valeurs et notre foi.

La liberté est un mot absent dans le lexique coranique mais sa signification est présente d'une manière subtile eu égard à la complexité philosophique de cette notion et à son galvaudage par les religions, les idéologies et les cultures. Dans le langage coranique elle signifie la non contrainte. Toute contrainte psychologique, policière, économique, militaire, médiatique est une atteinte à la dignité de l'homme. La dignité de l'homme et la justice sociale sont les garants de la liberté. La liberté est cette capacité humaine de choisir ou de renoncer en assumant ses responsabilités par opposition à la nature soumise aux lois de Dieu et assujettie aux besoins de l'homme. L'homme en lui-même ne répond à aucune nécessite. Il est soumis à Dieu et au devoirs qui en découlent sur le plan moral, social et politique non par contrainte mais par liberté, par vocation. Toute la création est en prosternation soumise à la volonté de Dieu sauf l'homme qui peut ou non se prosterner selon sa volonté et sa conception de la liberté de croire ou de ne pas croire :

{Ne vois-tu pas que devant Dieu se prosternent tous ceux qui sont dans les Cieux, tous ceux qui sont sur la Terre, ainsi que le Soleil, la Lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux et une grande partie des hommes?} Al-Hajj -18.

L'Islam ne peut donc se confiner dans l'intimité du cœur et être ce que beaucoup en Europe et dans le monde arabe veulent qu'il soit : un islam "bouddhiste"  ou un islam représenté par des croyants "boudhisant" : contemplation, méditation, spiritualité sans action, sans prise de position, sans luttes sociales, sans résistance politique et sans combat  militaire contre l'oppression et la dictature. Religion à la dimension humaine l'islam ne se confine pas à  une vision unilatérale de la résistance. Le temps, le lieu et les circonstances de l'oppression donnent liberté à l'homme de décider de la nature du combat à livrer : non-violence, désobéissance civile, violence armée... Cette liberté est subordonnée à la sauvegarde de l'intérêt généra, du primat dans l'agencement des priorités et du rapport nuisance et avantage dans l'exercice d'une action au lieu d'une autre.

La résistance ne peut se déboiter de l'exercice du devoir du musulman à exercer son Vicariat en défendant sa dignité humaine, religieuse, sociale, intellectuelle et politique.

La soumission à Dieu a pour corollaire la mission à destination du monde et de l'humanité pour exprimer  la vocation de l'homme, celle du Vicariat qui consiste à exercer sa responsabilité humaine sur la terre assujettie à l'homme,  et défendre sa dignité intrinsèque  que lui confère l'Honorificat originel celle d'être une créature créée par les Mains de Dieu, portant le Souffle de Dieu et honoré par Dieu :

{Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam. Nous les avons portés sur terre et sur mer. Nous leur avons procuré d’agréables nourritures. Nous leur avons donné la préférence sur beaucoup d’autres de Nos créatures.} Al-Isra - 70.

Nous sommes honorés par notre compétence humaine à être libre, intelligent, parlant, agissant, imaginant, mobile, indépendant et rivalisant d'actions de bien et de beauté pour soi, pour autrui et pour Dieu. 

Dans le cadre  de cette compréhension de l'Islam qui est celle du consensus des compagnons du Prophète et des savants libres de tout pouvoir, je suis donc porté vers une lecture coranique qui libère l'homme de toute aliénation. La foi en Dieu est libération de tous les mythes. Elle est une exigence de libération pour soi et pour autrui pour exprimer le talent que l'homme porte en lui et qui s'exprime dans l'amour du bien, du vrai  et du beau. Le Coran est la vérité. Ma lecture du Coran ne peut être considérée comme la  vérité mais un fragment de vérité que mon  background intellectuel, affectif, spirituel  et moral cerne à travers l'examen des faits, des phénomènes et de ma propre expérience.

Je suis convaincu sur un plan méthodologique que l'Islam apporte la démarche intellectuelle et la vision du monde pour comprendre l'homme, l'histoire et le monde. Je suis également convaincu que  le marxisme, libéré du dogmatisme stalinien et trotskyste  est un effort intellectuel humain qui appartient à toute l'humanité et qui apporte une méthodologie d'étude et de luttes en matière sociales et politiques. Il mérite  d'être considéré à sa juste valeur. Musulman je suis opposé à la négation de Dieu, à la dénégation de l'islam et à toute forme d'oppression mais je ne suis pas opposé aux théories ni aux méthodes d'analyses qui permettent d'apporter des éclairages supplémentaires pour appréhender la vérité et maitriser la réalité pour agir sur les phénomènes sociaux et politiques.

Mohamed (saws) envoyé comme miséricorde pour l'univers refuse l'autarcie intellectuelle et le repli identitaire qui rend sectaire, obtus et réfractaire à tout changement. Le hadith dit sans équivoque : 

"La sagesse est l'objectif du croyant, là où il la trouve il est en priorité le premier à en être concerné"

C'est dans ce cadre spirituel et conceptuel que j'ai décidé d'apporter ma modeste contribution à faire connaitre l'islam dans sa dimension de théologie de la libération. Il est faux de vouloir confiner l'islam dans une seule dimension car Religion de Dieu il ne peut être qu' un tout indivisible ou un ensemble de registres ontologiques, spirituels, sociaux, métaphysiques, symboliques indissociables de son cœur : le Thawhid ou le monothéisme pur et parfait.

Le Thawhid est le droit d’Allah sur Ses serviteurs et la raison pour laquelle Il nous a créé. En effet, Allah dit :

{Et je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent } ad dariyat 56
 
Cette adoration consiste à Lui vouer un culte exclusif, à L’unifier, comme a dit ‘Ibn Abbas, qu’Allah soit satisfait de lui.  Les Imams al-Boukhari et Mouslim rapporte que le Prophète (saws)  a dit à Mou’adh ‘ibn Djabal :

« Le droit d’Allah sur Ses serviteurs est de L’adorer sans rien Lui associer… »

L’importance du Tawhid se situe dans le fait que sans la connaissance de Dieu, sans un minimum de compréhension du  Coran et sans la mise en  application des prescriptions divines, l’Islam reste un voeu pieu, une idée vague, une coutume  sans portée sociale, politique, culturelle et ontologique. C'est cette portée qui témoigne de la validité de la pratique de l'Islam. L'islam est  la visée du cœur que confirme le comportement et les actes. Il cherche dans l'homme et dans la cité des hommes  une harmonie entre l'intérieur et l'extérieur, entre le visible et le caché, entre le dire et le faire, entre le sacré et le profane, entre la spiritualité et la temporalité, entre la prière et le travail, entre l'intention et l'acte, entre l'âme et le corps, entre le "ici tout de suite" et "la-bas plus tard", entre la paix et la résistance armée, entre l'inscription de sens dans ce monde et l'espoir d'en récolter les fruits ici et là-bas.

{l’homme ne récoltera que les fruits des efforts qu’il aura lui-même déployés et qui seront appréciés à leur juste valeur} an najm 40 

{Aucune âme ne peut quitter cette vie sans la permission de Dieu et en dehors du terme fixé. Celui qui recherche sa récompense dans ce monde, Nous la lui accorderons , celui qui désire obtenir la sienne dans la vie future, Nous la lui accorderons. Mais Nous traiterons avec faveur les âmes reconnaissantes.} Al-i'Imran - 145. 

{Quiconque désire cultiver le champ de la vie future, Nous ferons prospérer son labour. Quiconque désire cultiver uniquement le champ de ce monde, Nous lui en donnerons quelques miettes, mais il n’aura aucune part dans la vie future.} Ash-Shura - 20. 

Le Tawhid  prend sa source dans cette déclaration de foi la plus légère en terme de mots mais la plus lourde en terme de sens ontologique, spirituel et existentiel :

"Il n'y a point de divinité, sauf Dieu"

Négation du mensonge, du faux, de l'injustice, de la laideur, de l'illusion, de l'absurde et du Taghout puis  affirmation de la vérité, de la justice, de la beauté, du sens, de l'absolu et de l'unicité de Dieu dans Sa Parole, Sa création, Sa décision, Sa Vérité.

Quand on parle de  théologie il faudrait peut être préciser que si on sait dans la langue française  que Théo veut dire Dieu et logos veut dire discours quelle est la signification de théologie dans le lexique islamique : le  discours  de Dieu , le  discours sur Dieu ou le  discours pour Dieu? Dans l'Islam on s'appuie sur la parole de Dieu pour exprimer la volonté de Dieu sans que notre discours puisse se substituer à Dieu. On ne parle pas au nom de Dieu comme si on est dépositaire de Sa Science ou de Son Pouvoir mais on parle au nom de la connaissance que nous avons de sa Parole révélée et écrite dans le Coran :

{Dis: "O gens! Certes la vérité vous est venue de votre Seigneur. Donc, quiconque est dans le bon chemin ne l'est que pour lui-même; et quiconque s'égare, ne s'égare qu'à son propre détriment.} Younès 108

{Et dis: "La vérité émane de votre Seigneur". Quiconque le veut, qu'il croie, quiconque le veut qu'il mécroie".}  al kahf 29

Cette connaissance reste limitée par l'étendue de notre science, de notre sensibilité religieuse, de notre conscience sociale  et de notre expérience de la vie. Notre connaissance peut être étendue mais se tromper de cap et devenir une aliénation vis à vis de sa propre passion ou du pouvoir qui nous instrumentalise  en nous manipulant ou en rémunérant comme des fonctionnaires de la bigoterie.

Quand le musulman dit "Bismillah" celà ne signifie pas au nom de Dieu dans le sens de discours au nom de Dieu mais de vigilance de la foi qui rappelle à chaque action que l'homme accomplit,  et devant chaque besoin satisfait que Celui qui a accordé le potentiel de cette action et la satisfaction de ce besoin est Dieu le Bienfaiteur.

On peut me reprocher de faire un amalgame entre l'islam et le christianisme qui utilise ce terme de théologie.  En arabe je peux dire Kalamou Allah ou discours de Dieu ou théo logos en grec et théologie en langue française. La définition encyclopédique de théologie est pourtant la véritable réponse qui convient à l'islam : "Science de Dieu, de ses attributs, de ses rapports avec le monde et avec l'homme". Quand on lit cette définition de la théologie on ne peut qu'y retrouver les Maqasad al Qoran. Les objectifs fondamentaux du Coran sont la connaissance de Dieu,  de Ses Attributs divins, de Ses Saints Noms (asmaou Allah al hosna) et du lien entre Dieu et la création du monde et la création de l'homme. Tout le discours coranique est centré sur Dieu qui se fait connaître à l'homme, sur le monde, le monde dans sa création et le monde après le jugement dernier, le discours sur les civilisation passées et le discours sur l'homme. Le discours sur l'homme est un discours qui englobe sa création, sa mission, sa vocation, son devenir, sa morale, sa  foi, son statut de Prophète, son statut de croyant ou de négateur, sa liberté, son libre arbitre. Le discours coranique insiste sur les valeurs fondamentales qui sont la justice et la libération de l'oppression et le combat entre le bien et le mal.

Il me semble que le terme théologie est plus large que le terme religion, religare, qui est la relation entre l'homme et Dieu. Même dans sa restriction sémantique la religion islamique ne peut être réduite uniquement à la pratique de rites ou à une croyance vague sans vie spirituelle et sans vie sociale et politique. L'islam refuse que sa religion soit connue et pratiquée uniquement   par héritage familiale, culturelle ou sociale.

 {Lorsqu’on dit aux infidèles : «Conformez-vous à ce que Dieu a révélé !», ils rétorquent : «Non ! Nous devons plutôt nous conformer à ce que nous ont légué nos ancêtres !» Eh, quoi ! Les suivraient-ils même s’ils manquaient de discernement, même s’ils étaient dans l’erreur?} Al-Baqara 170.

{Lorsqu’on leur dit : «Conformez-vous à ce que Dieu a révélé et à l’avis du Prophète !», ils rétorquent : «L’exemple de nos ancêtres nous suffit !» Quoi ! Et si leurs ancêtres étaient totalement ignorants et vivaient en plein égarement?} Al-Maidah 104

La connaissance de l'islam peut donner des musulmans comme elle peut donner des orientalistes, des islamologues qui maîtrisent les concepts et les mots mais qui n'ont ni foi ni amour pour l'islam et ses valeurs. On peut réduire la religion à un floklore ou à un système de rentes et ainsi donner le primat des "pharisiens" des "clercs" et des bigots sur la pratique de la foi. Tout le système routinier et rentier est dénoncé par le Coran :

{Es-tu venu nous dire, répondirent-ils, de n’adorer que Dieu seul et de renoncer à ce qu’adoraient nos pères?} Al-A'raf - 70.

Tous les réformateurs se sont trouvés confrontés à l'hostilité  face au changement qui fait perdre les privilèges, la paresse et fait assumer des responsabilités nouvelles :

{ «Ô Sâlih !, répondirent-ils, tu étais jusqu’ici l’objet de nos espérances. Vas-tu à présent nous interdire d’adorer ce que nos pères adoraient? En vérité, nous avons des doutes troublants au sujet du culte auquel tu nous invites !» } Hud - 62.

{Il n’en est rien. Ils disent seulement : «Nous avons trouvé nos pères attachés à ce culte et nous suivons leurs traces.»  Il en a toujours été ainsi. Nous n’avons jamais envoyé, avant toi, un messager pour avertir une cité sans que ses habitants les plus opulents lui aient dit : «Nous avons trouvé nos pères attachés à ce culte et nous suivons leurs traces.»} Az-Zukhruf 22.  

Sur le rapport entre théologie et changement il faut apporter une précision de taille : l'islam est une théologie dont le logos est un discours de changement car le changement est inscrit dans la Sunna de Dieu. Tout doit changer, dans le sens d'évoluer, sous peine de périr ou de se corrompre. La vérité, sur les tribunes politiques et sur les livres des bibliothèques ou sur les lèvres des conférenciers et des sermons d'imam  on doit faire preuve de vigilance et de lucidité. Tout discours"islamique" n'est pas forcément un discours de dynamique sociale et politique, un discours de changement. Certains discours ne sortent pas de l'interprétation au nom du changement ou au nom de la seule interprétation. Ces discours sont bien admis car ils entretiennent l'apologie du passé, l'examen des faits sans leur apporter ni solution ni invitation à chercher la solution si l'auteur à la courage de se présenter comme n'en possédant aucune solution relevant de sa compétence.

Souvent les auteurs n'ont pas ce courage car ils n'ont pas le sens de la responsabilité du changement et encore moins le devoir d'en parler. Les circonstances de la vie les ont mis dans une situation qui leur permet, volontairement ou par ignorance, de l'illusion d'une communauté islamique qui n'existe nulle part et dont l'émergence n'est pas la préoccupation de ces auteurs. Malek Benabi les désignent sous le terme d'auteurs d'expression ou d'interprétations sans plus. Ceux qui veulent le changement sont moins nombreux et ont grande difficulté à communiquer la nécessite de changement car il ne trouve pas dans l'assistance des partisans à l'effort et s'il en trouve il est difficile de les mobiliser sans s'exposer à la répression  d'abord menée par les siens ensuite par les forces occultes du colonialisme ou du despotisme qui sont opposés au changement, à toute idée de changement et à tout discours qui réveille les consciences. Malek Bennabi appelle ces auteurs de conscience qui parlent aux consciences pour réaliser les changements sociaux, politiques, psychologiques  et culturels qui conduisent à la libération  en passant de l'interprétation simpliste à l'action complexe et coordonnée. La communauté doit se hisser au sens de ses responsabilités : les élites conscientes doivent essaimer et imposer les plus conscients et les plus compétents pour se réapproprier le logos islamique qui est un verbe de changement, une théologie de libération.

Quelque soit la manière de comprendre le terme théologie il ne peut, en Islam,  y avoir une association avec une quelconque contrainte mais une voie de dialogue, d'argumentation et d'intime conviction qui donne à la liberté sa signification la plus large même si en Islam le mot liberté tant chanté par la littérature occidentale n'a pas d'équivalent dans la langue coranique.

Le mot liberté est certes, beau car il a été embelli par la rhétorique occidentale tant politique que philosophique.L'islam plus proche de l'humain dans tous ses registres ontologiques et sociaux est plus réaliste et plus authentique en parlant "d'interdiction de contrainte". La différence n'est pas seulement lexicale mais sémantique et philosophique. Seul Dieu a la compétence de savoir que le terme liberté est à proscrire du lexique coranique car la liberté perdrait sa signification humaniste pour devenir mythologique et finir sur les autels de l'Occident comme idole au nom de laquelle les hommes libres seront asservis et les colonisateurs imposeront leurs valeurs et leur sémantique aux opprimés de la terre. On ne trouve pas aussi le terme démocratie car Dieu savait l'usage que les dominants allaient faire de ce terme : une idole d'asservissement des "citoyens" qui va leur dicter de faire désigner leurs fétiches qui les ont déjà aliénés en les rendant non plus maîtres de leur destin et serviteurs de leur liberté mais esclaves du spectacle médiatique et de l'appartenance partisane chauvine et sectaire. La démocratie est une idolâtrie moderne, un Taghout dont il faut se libérer pour se libérer de la tyrannie de l'argent, des médias, du pouvoir raffiné, des sophistes et de l'ordre mondial inique et impérialiste. La libération signifie le refus de la contrainte sous toutes ses formes :

{Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s'est distingué de l'égarement.} al-Baqara  256

{Si ton Seigneur l'avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est- ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ?} Younès 99

Toute la théologie islamique de libération dans le sens de discours  de Dieu  au sujet de l'interdiction de soumettre l'homme à une quelconque contrainte et de lutter pour que toute contrainte qui pèse sur sa capacité à choisir, à juger, à dire ou à agir soit levée par la parole, la loi ou la force. La liberté de l'homme passe nécessairement par cette dialectique de la parole, du comportement et de l'action militante : négation de l'oppression et de l'oppresseur et affirmation de la négation de l'oppression et de l'oppresseur en l'occurrence la libération et le libérateur.

Le Prophète (paix sur lui) dit dans sa lettre au Gouverneur romain Héracles : "Je vous invitent à accepter l'Islam. Si vous acceptez l'Islam, vous trouverez la sûreté. Si vous acceptez l'Islam, Allah vous donnera une double récompense. Cependant, si vous vous détournez, sur vous tomberons les péchés de vos sujets.". Ce texte historique ne comporte aucune déclaration de guerre ou de volonté de conquête colonialiste mais l'expression du devoir du musulman de transmettre sa vérité et de la faire entendre sans rencontrer  obstruction, obstacle, intimidation ou menace. Une fois le message transmis, ceux qui l'ont entendu peuvent argumenter, croire ou continuer à être  incroyants.  

L'islam va plus loin encore que la liberté et la non contrainte en  posant  le problème de fond qui mine la liberté c'est l'injustice. Toute la théologie islamique de libération est un discours sur la justice et l'équité ses contradictions  l'injustice et l'iniquité. L'islam sait que la loi divine peut accorder la prospérité à une nation incroyante mais fondée sur la justice et l'éthique comme il peut priver de prospérité une nation qui se dit croyante mais qui ne pratique ni  la justice ni l'équité ni la morale. Tel est le discours de Dieu :

{Nous avons fait prendre aux fils d’Israël l’engagement de n’adorer que Dieu, d’être bons envers leurs père et mère, leurs proches, les orphelins et les pauvres , de tenir des propos bienveillants aux gens, d’accomplir la salât et de faire la zâkat. Mais, à l’exception de quelques-uns d’entre vous, vous avez fait volte-face et vous vous êtes dérobés.

Rappelez-vous aussi que vous Nous aviez donné votre engagement de ne pas verser le sang et de ne pas vous expulser les uns les autres de vos demeures. Et vous y avez souscrit avec votre propre témoignage.

Or, voilà que vous vous entretuez, que vous chassez de leurs foyers certains de vos frères, en vous liguant injustement contre eux, pour les accabler d’abus et d’oppression. Et quand ils tombent en captivité, vous les rançonnez, alors qu’il vous était interdit de les expulser. Admettriez-vous seulement une certaine partie du Livre et en rejetteriez-vous le reste? Quel traitement devra être réservé à ceux qui agissent de la sorte, sinon l’ignominie dans ce monde et le châtiment le plus impitoyable dans l’autre? Dieu n’est pas inattentif à vos agissements.} al baqara 82 à 85

Mettre l'accent uniquement sur l'aspect théologique peut faire peur ceux qui confondent clérical et religieux, religiosité et islamité, Dessein de Dieu et dessein de l'homme qui instrumentalise la religion en utilisant un discours religieux, théologique. Cette dérive  tous nous la retrouvons chez les officiels qui parlent au nom de l'islam mais qui dans les faits défendent les intérêts du Taghout

{Ceux qui discutent les signes d'Allah sans qu'aucune preuve ne leur soit venue, (leur action) est grandement haïssable auprès d'Allah et auprès de ceux qui croient. Ainsi Allah scelle-t-Il le cœur de tout orgueilleux tyran.} Ghafir 35

{Ceux qui discutent sur les versets d'Allah sans qu'aucune preuve ne leur soit venue, n'ont dans leurs poitrines qu'orgueil. Ils n'atteindront pas leur but.} Ghafir 56

 O vous qui avez cru! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas? C'est une grande abomination auprès d'Allah que de dire ce que vous ne faites pas.} saf 2

{Et Allah l'égare par la science dont il se prévaut et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah? Ne vous rappelez-vous donc pas? al jathiya 22


Cette attitude qui ferme l'Ijtihad et ne permet que le discours qui conforte la politique et les programme du despote et dans certains cas ceux du colonialisme et de l'impérialisme m'oblige a être prudent avec le terme théologie malgré que ce soit, pour moi, le terme le plus approprié pour signifier les Makasad al Qorane. Ce discours religieux que je condamne s'est empressé de dénigrer la résistance du peuple afghan, du peuple irakien, du peuple libanais pour différentes raisons dont la confusion permettait le silence. Mais quand ces mêmes voix se mettent en concert pour criminaliser et discréditer la résistance palestinienne il faut rompre avec eux et leur discours. Le Coran d'ailleurs nous montre que dans le combat entre le vrai et le faux,  le bien et le mal, la vertu et le vice il y a toujours deux discours qui vont s'affronter sur le plan de la rhétorique, de la guerre médiatique et de la guerre idéologique. Les autocrates, les rentiers et les intellectuels négatifs vont mener une guerre vaine contre l'élite noble et vertueuse :

{Voulez-vous que Je vous indique ceux sur qui descendent les démons? Ils descendent sur les imposteurs et sur les pécheurs. Ils colportent ce qu’ils ont entendu, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent. Ne vois-tu pas qu’ils errent au gré de leurs caprices, et qu’ils se vantent de choses qu’ils n’ont jamais accomplies? Excepté ceux d’entre eux qui ont la foi, qui pratiquent le bien, qui invoquent fréquemment le Nom de Dieu et qui se servent de leurs poèmes pour se défendre quand ils sont agressés. Les agresseurs apprendront un jour quel sort funeste les attend !} as chouâara 221

La fin de ce verset ne ferme pas la porte au logos et à la théologie mais elle les encadre dans un espace borné par la foi vertueuse et l'action.

La foi vertueuse qui invoquent fréquemment Dieu relève de la conscience de Dieu qui est en nous et que la vertu met à jour. Elle est cette immanence qui révèle Dieu à l'intérieur de nous pour l'implorer en silence et avec confiance dans une intimité qui fait oublier la solitude, l'épreuve, le combat, la prison, la souffrance. Cette attitude de moi ouvert à sa voix intérieure est celle que le mystique qualifie de présence de Dieu : " Quand tu penses à Dieu en réalité c'est Lui qui pense à toi". La culture de la résistance contre l'oppresseur et de la proximité avec l'opprimé  n'est pas le résultat d'un discours bigot ou celle d'un petit bourgeois en mal de loisir mais l'accouchement de la notion de Dieu qui est en nous et qui se révèle dans l'épreuve :

{Certes, Nous vous soumettrons à quelques épreuves en vous exposant de temps à autre à la peur et à la faim, en vous faisant endurer quelques pertes dans vos biens, dans vos personnes et dans vos récoltes. Mais tu Prophète peux annoncer une heureuse issue à ceux qui souffrent avec patience , à ceux qui, lorsqu’un malheur les touche, disent : «Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous ferons retour !» C’est sur ceux-là que Dieu étendra Sa bénédiction et Sa miséricorde, et ce sont ceux-là qui sont dans le droit chemin.} al baqara 155

La Bénédiction et la Miséricorde de Dieu ne peuvent être confinés dans un avoir ou dans une situation de privilège mais dans l'humanité de foi  retrouvé en soi. Pour cette humanité dont chacun est une occurrence d'Honorificat conféré par le souffle divin il y a une essence qui échappe à notre connaissance mais aussi des attributs de l'être que la foi mobilise, oriente et coordonne pour une finalité autre que la finitude de cet être ou ses intérêts immédiats et égoïstes.  Dire, refuser de se taire, prendre position sont le reflet d'un gisement ontologique (croire, savoir, devoir, pouvoir, vouloir, faire) et psychologique qui sort du profond de l'être pour s'affirmer et refuser la négation (de son identité et de son existence) que pratique l'ennemi  méthodiquement sans répit. l'expression de cette affirmation par un processus de maturation historique s'impose par nécessité historique et  devient militance pour une cause, mouvement de libération, résistance armée. Aucune force ne peut venir à bout d'une implication dans une cause car comme l'implication est plus profonde dans la conscience que l'appartenance.

Étymologiquement s'impliquer, implicare, signifie rentrer dans les plis. L'implication est un travail de sédimentation dans les limbes, dans la conscience qu'il est difficile voire impossible de décaper. L'implication dans la résistance génère ce qu'on appelle la culture de la résistance, la culture du refus. La culture n'est pas du folklore mais une ambiance de vie, un système de valeurs, une représentation du monde et un rapport à soi et aux autres.

L'islam nous commande donc de conjuguer le discours théologique qui nous donne le canevas langagier et idéique pour  pour avoir la compétence de discernement   et d' argumentation en conformité avec le mystère qui  fait vibrer notre sensibilité, qui donne une finalité à notre intention  et qui donne une perspective métaphysique à la visée de notre cœur :

{Celui qui sait où il va, guidé par les enseignements de son Seigneur, peut-il être comparé à ceux qui se laissent séduire par les faux éclats de leurs mauvaises actions et qui s’abandonnent totalement à leurs passions?} Mohamed 10

Le mystère relève du caché, du secret  dont la signification n'est discernable que par la foi mais dont la réalité n'est connue que de Dieu :

{Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis: "L'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance.} al isra 85

Défendre sa dignité et celle des autres c'est donner cours à l'expression de cette âme qui nous habite, qui est le souffle de Dieu et qui est notre mémoire, celle de la conscience de Dieu et celle de la conjugaison de l'éthique et de l'esthétique incarnée dans le séjour de nos parents originels Adam et Eve. Dieu refuse que l'être humain créé  pour qu'il n'adore que Dieu par sa vocation d'humain doué de l'Honorificat du Vicariat puisse etre humilié en perdant sa vocation et sa mission :

{Les anges, venus ôter la vie à ceux qui avaient agi iniquement envers eux-mêmes (serviles), leur demanderont : «Où en étiez-vous sur le plan de la croyance?» – «Nous faisions partie des opprimés de la Terre», répondront-ils. À quoi les anges répliqueront : «La Terre de Dieu n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre de vous expatrier?» Ceux-là auront pour séjour l’Enfer – et quelle triste fin sera la leur !} An-Nisaa - 97.

Le mystère relève aussi du symbole, de l'allégorie, de la paabole, du signe :

{Ar-Ra'd - 17. Il fait descendre du ciel de l’eau qui coule dans les vallées à la mesure de leur capacité, et le courant charrie l’écume qui surnage, à l’image du laitier qui se dégage de la fonte des métaux dont on fabrique bijoux et ustensiles. Dieu use de cette image pour bien établir la différence qu’il y a entre le Vrai et le faux, car l’écume inconsistante s’en va au rebut, tandis que ce qui est utile aux hommes se dépose sur le terrain. Ainsi, Dieu propose des paraboles utiles.}
 
{Dieu propose en parabole un serviteur réduit à l’esclavage et dénué de tout pouvoir, et un homme libre à qui Nous avons accordé d’amples ressources dont il use en secret et en public. Ces deux hommes sont-ils égaux? Non, louange à Dieu ! Mais la plupart des hommes manquent de jugement. Dieu propose aussi en parabole deux hommes. L’un d’eux est muet, impotent et totalement à la charge de son maître , partout où celui-ci l’envoie, il ne lui rapporte rien de bon. Cet homme serait-il l’égal d’un autre qui prescrit la justice et qui suit le droit chemin? } An-Nahl - 75.

{Dieu vous propose en parabole un serviteur qui a plusieurs maîtres associés, qui se disputent son service, et un autre serviteur qui n’a qu’un seul maître. Le sort de ces deux serviteurs est-il le même? Louange à Dieu, la différence est claire ! Mais trop peu d’hommes en ont conscience !} Az-Zumar - 29.


Le rapport au mystère se fait dans la certitude du Thawhid : Dieu est le Créateur. Dieu est le Propriétaire. Nous sommes une créature de Dieu. Nous sommes les dépositaires d'une part de savoir, de royaume, de puissance, de beauté et  d'amour de Dieu. Ce rapport au mystère  se traduit inévitablement par un amour de Dieu puis par une dissolution du Moi dans l'harmonie de la création pour professer l'attestation de foi et pour agir pour le bien et par le bien, pour lutter pour l'islam, dans l'islam et par l'islam :

{les pieux, qui croient à l'invisible et accomplissent la Salât et dépensent (dans l'obéissance à Allah), de ce que Nous leur avons attribué, Ceux qui croient à ce qui t'a été descendu (révélé) et à ce qui a été descendu avant toi et qui croient fermement à la vie future. Ceux-là sont sur le bon chemin de leur Seigneur, et ce sont eux qui réussissent (dans cette vie et dans la vie future). al baqara 2

Ce rapport du mystère à l'amour est progressif pour atteindre la certitude sans faille :

{Et pourquoi ne mettrions-nous pas notre confiance en Dieu, Lui qui nous a fait suivre les voies les plus salutaires? Aussi sommes-nous décidés à supporter avec patience les outrages que vous nous faites subir, car ceux qui cherchent à se confier, c’est en Dieu qu’ils doivent placer leur confiance.} Ibrahim - 12.

{Et ceux qui luttent en Nous, Nous les guiderons certainement vers Nos chemins}

La rhétorique théologie est muette devant l'expérience spirituelle de l'aimant attiré par un autre aimant sans rien demander que l'amour car la mesure de l'amour ne peut être que l'amour. Cette expérience relève de la mystique. C'est cette mystique qui donne un sens qui dépasse la raison, mais aussi un désir de vivre qui porte au sacrifice pour rejoindre l'Aimé l'Aimant. Il ne s'agit pas de transes ésotériques ni de langages d'initiés ou de pratiques occultes mais d'un vécu de la foi à un niveau méta c'est à dire à un niveau enveloppant, globalisant et structurant l'être ontologique, spirituel et social dans une démarche mystique, celle qui rend le loin inaccessible plus proche et mieux accessible, qui rend l'inconnaissable perceptible en lisant les symboles et les signes divins. Cette mystique fait commerce davantage avec Dieu qu'avec les hommes :

{ Dis : «Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos conjoints, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous redoutez le déclin, les demeures où vous vous prélassez, vous sont plus chers que Dieu, Son Prophète et la lutte pour Sa Cause, alors attendez que vienne s’instaurer l’Ordre du Seigneur ! Car Dieu ne guide pas les gens pervers.»} At-Tauba - 24.

{Dieu aime ceux qui combattent pour Sa Cause en ordre serré, tel un édifice compact [...] Ô croyants ! Voulez-vous que Je vous indique un commerce qui vous sauvera d’un châtiment cruel? C’est celui de croire en Dieu et à Son Prophète , de lutter pour la Cause de Dieu par vos biens et vos personnes. Cela est dans votre propre intérêt, si vous pouviez savoir ! En échange, Dieu vous pardonnera vos péchés et vous accueillera dans des Jardins baignés de ruisseaux et dans de magnifiques demeures au Paradis d’Éden. Et ce sera pour vous le triomphe suprême ! Cela sans parler d’une autre faveur que vous n’avez cessé d’appeler de tous vos vœux, à savoir l’assistance de Dieu et une prochaine victoire sur l’adversaire. Annonce cette bonne nouvelle aux croyants ! Ô croyants ! Soyez les auxiliaires de Dieu, comme l’avait dit Jésus, fils de Marie, aux apôtres : «Qui me soutiendra dans mon combat pour défendre la Cause de Dieu?» – «Nous sommes les auxiliaires de Dieu», répondirent les apôtres. Et c’est ainsi qu’une partie des fils d’Israël se convertit, tandis que l’autre refusa de le faire. Mais soutenus par Nous contre leurs adversaires, les croyants ne tardèrent pas à remporter la victoire.} as saf 

{En vérité, Dieu a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis, en vue de défendre Sa Cause : tuer et se faire tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran. Et qui est plus fidèle à sa promesse que le Seigneur? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez effectué ! N’est-ce pas que c’est là le comble de la félicité?}
At-Tauba - 111.

 Dans ces conditions faudrait-il parler de théologie de libération ou de mystique de libération. Il ne s'agit pas essentiellement ou uniquement de lutte armée mais de Jihad et d'Ijtihad c'est à dire de l'obligation de faire effort pour le triomphe de la vérité et de faire effort sur soi pour se libérer du Taghout qui s'incarne dans l'oppression, la domination, l'ignorance et l'aliénation. La lutte pour Dieu est une Lutte morale, politique, psychologique, sociale, intellectuelle, culturelle, spirituelle et le cas échéant lutte armée par amour de Dieu, pour l'amour de Dieu et avec l'amour de Dieu. L'amour de Dieu est imparfait s'il ne s'accompagne pas  de l'amour de l'humanité, de l'amour de la communauté de vie et de l'amour de la communauté de foi.

Le terme "Mystique de la libération" est séduisant sur le plan intellectuel, spirituel et historique quand on se rappelle le rôle des confréries musulmanes dans le combat contre l'oppresseur interne et dans le combat contre le colonialisme. C'est la mystique des révolutionnaires musulmans comme Abdelkader, Mokrani, Bel Haddad, Bouâmama en Algérie, Abdelkrim al Khattabi au Maroc, Hamallah au Sénégal...

Cette mystique n'est pas celle des marabouts qui propagent l'ignorance, le fatlisme, le défaitisme, le culte de la personnalité, le Chirk, le maraboutisme type dervichien qui fascine les naïfs et qui plait aux occidentaux en quête d'exotisme indigène. Cette mystique "boudhisante" qui veut un islam anesthésie de la conscience sociale et politique est inacceptable et nous devons faire preuve de vigilance devant les pseudo soufis qui n'ont ni l'amour de Dieu ni l'expérience spirituelle de Roumi, Ibn Farid, Ibn Arabi ni d'un cheikh de Zaouiya antique.

L'islam par sa naissance, sa genèse et son histoire est une religion socialement et politiquement en faveur des pauvres, des opprimés et des guerre de libération nationale. L'islam n'a jamais, sauf dans les phases de décadence, était une religion d'état ou de courtisans. Il a toujours été progressiste et populaire. Mohamed (saws) exigeait la fréquentation et l'amour des pauvres en disant à ses compagnons :

"Par Dieu vous n'aurez la victoire sur vos ennemis que par vos pauvres"

"Par Dieu si jamais vous manquerez  de vous acquittez de la Zakat, le devoir du riche envers le pauvre, Dieu vous fera connaître le joug de l'oppression de peuples qui n'auront aucune pitié pour vous"


Cet islam qui offre le discours théologique, les fondements idéologiques, l'élan spirituel à l’émancipation réelle de l'humanité est une Praxis de libération. C'est une praxis car il est philosophie de l'acte, théorie de l'action, idéologie de lutte, motivation pour  bien faire. Il refuse la contemplation béate mais il exige  la méditation et le bilan de conscience pour inscrire la pensée  dans l'action émancipatrice et libératrice des hommes. C'est une praxis car il est action qui refuse l'improvisation et l'aventurisme mais planification et raison. C'est une praxis car l'action ne se déboite pas de sa finalité pour ne rester qu'une pratique. Sa finalité est de libérer l'homme de sa finitude apparente et des exigences mesquines et étroites de l'immédiat.

L'islam  est praxis car il exige une action qui s'appuie sur un corpus théorique, le Coran et la Sunna du Prophète, et qui s'évalue par rapport à des référents idéologiques en l'occurrence  le Coran et la Sunna qui enseignent l'art de fixer les priorités, le licite du non licite, le vertueux du pervers, l'utile du futile, l'efficace du vain. Toute praxis s'inscrit dans ce que l'islam recommande à une action ou à un projet : la pertinence ou adéquation spatiale, l'opportunité ou adéquation temporelle, l'efficacité ou obtention des résultats sans gaspillage des ressources, la cohérence et enfin la maturation. L'islam refuse le statut quo et l'inertie,  il veut une dynamique sociale, intellectuelle et culturelle pour être toujours à l'écoute du monde et prêt à agir pour changer et faire changer les choses. Il veut changer non seulement les rapports sociaux de production mais les rapports idéologiques et les rapports de force pour que les rapports humains soient subordonnés à la morale et au sens. Celui qui a accomplit le Hadj, le pèlerinage, reste marqué par la dynamique des rites. Tout est mouvement et épreuve. Celui qui lit et médite la sourate al Hadj il voit qu'effectivement elle a un style rapide et elle passe d'un thème à l'autre comme une vie qui s'écoule sans repos d'un état à l'autre. La sourate al Hadj comme le pilier de l'islam al Hadj ont pour finalité la préparation à l'épreuve et au Jihad. C'est cette  sourate qui va donner la permission aux musulmans de prendre les armes et de résister par la violence alors que lors des  temps antérieurs il demandait une résistance passive (par le cœur) et pacifique (sans riposter à la violence) :

 {Toute autorisation de se défendre est donnée aux victimes d’une agression, qui ont été injustement opprimées, et Dieu a tout pouvoir pour les secourir. Tel est le cas de ceux qui ont été injustement chassés de leurs foyers uniquement pour avoir dit : «Notre Seigneur est Dieu !» Si Dieu ne repoussait pas certains peuples par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le Nom de Dieu est souvent invoqué. Dieu assistera assurément ceux qui aident au triomphe de Sa Cause, car la force et la puissance de Dieu n’ont point de limite.} al hadj 39

L'islam est la praxis de libération de l'humanité car il est, en plus de tout ce qui vient d'être dit,  le seul système qui reconnaît  la différence des hommes et et institutionnalise le droit à la différence comme volonté de Transcendance donc un droit sacré. Le sacré au contraire du profane est  indiscutable. Il n'y a ni dictature du prolétariat ni dictature de classe ni utopie de l'égalitarisme ni  perversité de la discrimination raciale. La négation de la différence crée un système pervers par son aspect  idéaliste ou par son aspect négligent et méprisant l'homme dans sa dignité et dans ses aptitudes. Le refus de la différence engendre l'indifférenciation même si la doctrine officielle parle d'égalité des droits et des chances  :

{Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés.} Hud - 119.

{Sont également de couleurs différentes les hommes, les animaux et les bestiaux.} Fatir - 28.

{Nous les avons disséminés à travers le monde en plusieurs communautés parmi lesquelles il y avait des gens vertueux et d’autres qui l’étaient moins.} Al-A'raf - 168.


{Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait des hommes une seule communauté.} Ash-Shura - 8. 

L'islam  est praxis car il est la solution éternelle pour les hommes en chair en os qui aspirent à la sérénité, à l'équité. Il est le seul capable de conduire les hommes vers une alternative crédible à l'ordre impérial capitaliste. L'islam est cependant une praxis qui diffère des autres philosophies et théories de l'activité humaine  car elle s'inscrit dans un quadruple  mouvement : sortir l'homme de la finitude de monde à l'infinitude immortel de l'autre monde, de la servitude des hommes et des idéologies  à la liberté de l'islam, de l'absurdité philosophique et du cynisme politique à la quête de sens spirituel, de l'amoralisme des systèmes capitalistes et matérialistes à la morale de la foi.

Il est praxis de libération car il ordonne et organise l'action de libération sous une impulsion spirituelle qui donne un sens à cette action et dans un cadre moral qui refuse de sanctifier les moyens mais de subordonner les moyens à la fin qui  ne peut qu'être noble et généreuse. En tant que théologie il apporte à la praxis son cadre théorique et conceptuel. Lisons ces versets avec des yeux de vivant pour voir l'histoire de l'humanité devant nous écrite par la conjugaison de la foi, de la vertu et de l'action  :

{Ô vous qui croyez ! Si certains d’entre vous renient leur foi, Dieu fera surgir d’autres hommes qu’Il aimera et qui L’aimeront. Humbles avec les croyants, durs envers les négateurs, ils combattront au service de Dieu, sans la crainte d’aucun reproche. Telle est la grâce de Dieu, qu’Il accorde à qui Il veut, car Dieu est le Détenteur des faveurs et l’Omniscient.} Al-Maidah - 54.

La praxis  ne peut, dans l'islam, être un aventurisme innovateur, une pratique cynique ou une liberté laissée à l'homme de faire ce qu'il veut et comme il veut. Elle ne peut que s'inscrire dans le cadre moral et législatif de la Révélation. La Révélation est l'intervention de Dieu dans l'univers des hommes pour les guider et leur définir les finalités de leurs activités. En cela elle ne peut relever du profane mais de la Transcendance. L'homme doit se soumettre et assumer les responsabilités qui découlent du rapport homme Dieu et du rapport homme homme et homme nature que Dieu a révélé en langage clair ou en langage symbolique. La Révélation est le  contraire de la Bible Dieu qui affirme que Dieu a  créé le monde puis s'est fatigué ou de la philosophie grecque qui prétend que Dieu a créé le cosmos puis l'a laissé se gouverner tout seul. Le Coran dit que Dieu gouverne le monde qu'il a crée pour une finalité qui relève de Sa sagesse. L'homme est tenu d'agir dans cette gouvernance de Dieu comme vicaire. Le vicariat est responsabilité en contrepartie des privilèges de la perception et de la raison   :

{ Nous avons rendu tout homme responsable de sa destinée et, le Jour de la Résurrection, Nous lui présenterons un livre qui sera, sous ses yeux, étalé. } Al-Isra - 13.

{Iil sera demandé compte à l’homme de ce qu’il aura fait de l’ouïe, de la vue et du cœur.} Al-Isra - 36.

La responsabilité est faire le bien en contre partie des bienfaits divins et faire le bien comme moyen de bénéficier de ces bienfaits. La plus grande responsabilité est la gratitude envers le Bienfaiteur. Le plus grand bienfait est d'être amené par la foi à exprimer sa reconnaissance par la dévotion et par l'acte de bien envers soi même et envers l'humanité :

{Dieu vous a fait naître du sein de vos mères , dénués de tout savoir, et vous a donné l’ouïe, la vue et l’intelligence. Afin qu'envers Lui vous  serezreconnaissants} -Nahl - 78.

Dans cette triple dimension de théologie, de mystique et de praxis l'islam ne peut resté confiné dans un espace privé ou dans la seule intimité du cœur comme les négateurs veulent qu'il soit. Il ne peut rester confisqué par les institutions de non droit ou par les manœuvres  politiciennes manipulatrices qui ont profit à maintenir les musulmans  en marge de l'histoire du monde.

L'islam repensé mais non "réformé", l'islam réactivé mais  non "épuré", l'islam réapproprié par l'humanité et non confisqué par les "clercs" est le socle  d’une idée universelle de citoyenneté fondée sur la justice, le droit à la différence et l'éthique. Il ne peut se résumer à n'être qu'une idée enfouie dans un livre ou dans le cœur d'un croyant. Sa vocation est de réaliser la communauté de foi qui ordonne le bien et interdit le blâmable et qui prend en charge la libération des opprimés et la réalisation de la fraternisation humaine et de la promotion de communautés humaines  régies davantage par l'éthique et  conscience sociale que par les lois arbitraires des dominants et des nantis.

{Vous êtes la meilleure communauté qui ait jamais été donnée comme exemple aux hommes. En effet, vous recommandez le Bien, vous interdisez le Mal et vous croyez en Dieu. Si les gens des Écritures voulaient croire, cela ne tournerait qu’à leur avantage.} Al-i'Imran - 110.

Le musulman en faisant de son islamité ce qu'elle doit être fait de son bonheur sur terre un domaine possible et accessible. Nous avons besoin d'une théologie qui fait connaître la parole de Dieu et le Dessein de Dieu dans la création de l'homme. Nous avons besoin d'une spiritualité qui donne à l'existence un sens mystique où l'immanence et la transcendance de Dieu ainsi que la raison ne sont pas en conflit mais en harmonie dans une conscience apaisée et ouverte aux défis du monde. Nous avons besoin d'une praxis libérée du matérialisme pour faire de l'humain non un verbe d'état  ou un verbe d'action pour l'action gouvernée par le seul désir de l'homme mais un verbe d'action qui construit son bonheur et la paix dans le monde par vocation de foi. Ce verbe d'action animé par une praxis militante, encadré par une spiritualité vivante  et inspiré par un discours théologique hissé au niveau de l'intelligence humaine doit :

s'inscrire dans une communauté de foi agissante,
construire son émergence ontologique, politique et idéologique en public et  dans  le présent du monde;
enfin s'inscrire dans le futur des générations à venir comme un devoir de mémoire et de leg d'héritage dans la contiguïté des destins et c'est pour cela qu'il doit reprendre à son compte   l’initiative historique qui transcende la finitude de l'homme et son animalité.

 L'islam théologie, mystique et praxis est chemin de libération et école de formation des libérateurs tels que Rib’î Ibn ‘Amr, un homme ordinaire parmi la communauté musulmane naissante, qui a trouvé  le courage et l'inspiration de dire à  Rostom le général perse avant l'engagement des troupes musulmanes contre les troupes impériales perses  dans la bataille de Qadissiya :

« Dieu nous a envoyés afin de libérer qui Il veut de l’adoration des créatures pour les mener à l’adoration du Créateur, de l’étroitesse de cette vie à sa largesse, de l’injustice des hommes à la justice de l’Islam. »

 La bataille livrée malgré le rapport des forces en faveur des perses témoigne que l'Islam est vainqueur de toutes les batailles si et seulement si les combattants livrent bataille avec la sincérité de servir la cause de Dieu (le triomphe de la vérité contre le mensonge, le triomphe de la liberté de parole contre l'arbitraire des despotes qui imposent le silence, le triomphe de la foi contre la négation de Dieu, le triomphe des libérateurs des peuples opprimés, le triomphe des droits de l'homme). Toute bataille livrée pour des intérêts mondains, pour le nationalisme sectaire ou pour le prestige personnel est condamnée à l'échec. Ceci est vrai que la bataille relève du militaire, de l'idéologique, du culturel ou de l'idéique.

Dieu a voulu que l'Islam soit symbole de sacrifice et non instrument de rente. Aboul Hassan An-Nadwî dans son commentaire sur la phrase illustre qui a inscrit Rib’î Ibn ‘Amr d'être anonyme en  symbole historique dit une vérité sur laquelle on ne peut, musulman et non musulman, passer outre :

"Rib’î a parlé du but pour lequel les musulmans s’étaient déplacés et du fait qu’ils étaient venus libérer les hommes : telle était effectivement sa conviction. Mais ce qui m’étonne le plus est cette partie du message « sortir les hommes de l’étroitesse de cette vie et les mener à sa largesse ». Il aurait dit « les mener à la largesse de la vie de l’au-delà », cela ne m’aurait pas surpris. En effet, chaque musulman sait que la vraie vie est celle de l’au-delà, et Rib’î faisait partie de cette génération exceptionnelle dont la foi sur l’au-delà était immense. Mais non! Rib’î n’a pas parlé de l’au-delà mais de cette vie! De cette manière, Rib’î disait à Roustem que les musulmans n’étaient pas sortis de la péninsule arabique pour s’enrichir et prendre aux perses leurs richesses matérielles. Mais plutôt les musulmans eurent pitié de leurs frères en humanité. Ils eurent pitié des perses qui leur paraissaient être emprisonnés dans une cage : la cage des désirs, des passions, du poids des traditions."

Nous pouvons diverger sur le plan  de la praxis sociale et politique, sur les confréries et  la mystique et même  sur le mode de  lecture théologique du Coran car nos esprits comme nos  cœurs sont différents par l'expérience de vie, l'intelligence, l'environnement. Nous n'avons pas le droit de diverger sur le plan de la foi et de la finalité de notre existence. Nous n'avons pas le droit de diverger sur les valeurs morales. Nous n'avons pas le droit de diverger sur l'oppression et la colonisation.

Le droit à la différence est inscrit dans la nature, dans nos gènes et dans nous coeurs. Toute la diversité qui s'offre à nous n'est pas vaine, elle s'intègre dans un panorama harmonieux pour témoigner de  la sagesse divine qui a voulu que rien ne soit unique mais pluriel:

 {Ne vois-tu pas que Dieu fait tomber du ciel une eau par laquelle Nous faisons sortir du sol des plantes qui donnent des fruits de couleurs différentes? Et dans les montagnes aussi, il y a des stries de diverses couleurs, blanches et rouges aux tons variés, ainsi que des roches d’un noir foncé. Sont également de couleurs différentes les hommes, les animaux et les bestiaux. Et c’est ainsi que, de tous les serviteurs de Dieu, seuls les savants Le craignent véritablement.} Fatir 27

{Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous vous avons répartis en peuples et en tribus, pour que vous fassiez connaissance entre vous. En vérité, le plus méritant d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux} Al-Hujurat - 13.
 

 Le cadre générale pour comprendre le monde, les hommes et leurs problèmes est le Coran

{Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre.} al anâam 38 

Le musulman est tenu de lire le monde et de lire le Coran qui sont tous les deux expression des mêmes signes divins dans l'univers. C'est cette lecture du monde qui va donner à la lutte de libération nationale, à la lutte des classes, à la lutte contre la guerre médiatique et la désinformation un caractère éthique et moral  comme fil conducteur dans les conflits et dans la prise de position. Le musulman ne peut rester neutre devant l'injustice :

{Les vrais croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son Messager, qui par la suite ne doutent point et qui luttent avec leurs biens et leurs personnes dans le chemin d'Allah. Ceux-là sont les véridiques}  al houjourat - 15

Notre modèle de foi et de lutte est bien entendu Mohamed (saws) imam des Prophètes :

{Il y a, à coup sûr, un enseignement dans l’histoire des prophètes pour les hommes doués d’intelligence. Ce Livre n’est point un récit inventé de toutes pièces, mais il est une confirmation des Écritures antérieures, un exposé détaillé de toute chose, une bonne direction et une grâce pour ceux qui croient en leur Seigneur. } Yusuf - 111.

Mohamed (saws) a tracé notre chemin :

"Vous n'aurez point la foi tant que vous n'auriez pas inspiré aux autres l'amour de la vérité".

Il nous a invité à cherché cette vérité même au bout du monde et que celui qui se met en quête de la vérité est semblable au Moujahid fi sabil Allah. Cette vérité nous la chercherons inchaallah et nous la partagerons avec nos frères en foi, sunnites ou chiites, avec nos frères en monothéisme, chrétiens ou juifs, et avec nos frères en humanité, agnostiques et  laïcs.

Il nous a invité à cherché cette vérité en démasquant le Taghout sous toutes ses formes. L'idolâtrie moderne  polythéiste a plusieurs  religions  : la monolatrie du  marché capitaliste, la technocratie, le scientisme, l'économisme, la volonté de puissance et de domination, le jacobinisme républicain, la rente et les idéologies matérialistes et cyniques.

 

Zine el Abiddine Omar Mazri

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